LETTRE OUVERTE AUX CHASSEURS DE SORCIERES

Aujourd’hui je suis en colère.Alors j’ai envoyé Watson se ressourcer les méninges et le cœur.
Watson a appris à rester à sa place, à passer le relais sans franchir la limite de ses compétences définies selon ce que ses professeurs lui ont inculqué.
Ce qu’elle connait de son métier lui a été transmis par des médecins qui l’ont trouvée assez capable pour lui enseigner ce dont elle avait besoin.

Mais pas plus.
Watson a appris à reconnaître le moment où elle doit passer la main parce qu’elle n’est que sage-femme,et elle a appliqué cette règle en tous points .

Mais pas moins.
Watson est faite d’un bois tendre et peut s’imaginer que vous êtes bien disposés à son égard, juste parce qu’elle travaille en bonne intelligence avec certains d’entre vous.Mais elle ne vous connait pas.
Je ne me mesure pas à l’aune de sa bienveillance et de son aménité.Je suis Sherlock et je mords lorsque je suis attaquée.

Puisque vous voici de retour,vous les médicastres chattemites et revanchards,vous les bilieux aigris et cauteleux qui sous couvert de protéger la santé de vos ouailles vous répandez en insinuations mesquines et haineuses,et couinez à l’envi que les sage-femmes ne sont que des ignorants avides de pouvoirs et de profit,sachez que je ne vous aime pas non plus.
Descendez de votre chaire d’orgueil et regardez vous dans le miroir que vous tendent vos années de mépris et de suffisance.

Mieux,prenez notre place et faites donc ce que nous faisons si mal d’après vous.
Oui,mettez les mains dans le cambouis de la salle de travail,chers capitaines.

Prenez notre place auprès des femmes en couches puisque vous avez enfin débusqué les sorciers dangereux et stupides que vos pairs ont eux mêmes formés,faut-il vous le rappeler ?
Transformez chaque naissance en épreuve chronométrée sous le feu d’une technique sans âme.

Rangez chaque patiente dans l’une de vos petites boîtes à pathologie que vous agitez fébrilement.
Mais de grâce,prenez le beurre,la crémière et la tartine qui va avec.

Prenez les surveillances bienveillantes,prenez le temps qui s’étire jusqu’à ce fugace instant de gloire où vous sortirez triomphalement un nouveau client.

Apprenez à vivre en salle sans la fidèle vigie pour vous signaler les écueils sur votre route,et dites moi si la traversée vous parait toujours aussi facile.

Prenez les appels angoissés du milieu de la nuit,mais ne venez pas râler si ce ne sont que des peccadilles.

Regardez un peu plus haut que l’utérus qui vous fait face.Oui,juste un peu plus haut.Devant vous,il y a une patiente,un couple ,qui voudraient être pour vous autre chose qu’un bas risque ou un haut risque.

Certes sans vous et votre savoir-faire lorsque la vie se complique,nous ne serions rien.Mais vous n’êtes pas grand-chose non plus sans notre aide.

 

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11 réponses à LETTRE OUVERTE AUX CHASSEURS DE SORCIERES

  1. @JulieESF dit :

    La réaction de certain est méprisante et blessante. Et, moi, bébé sage-femme, je partage entièrement ton opinion. C’est désolant. Révulsant. Ecœurant…
    Mais malgré la colère et la révolte, je trouve ton billet plein d’humilité. Comme d’hab.
    Si tout le monde pouvait être comme toi..!

  2. Rébecca dit :

    Quels soient nos souvenirs de ce moment terrifiant mais magique qu’est un accouchement, vous êtes et vous resterez celles qui nous écoutent, à qui nous écrasons les doigts, après qui nous râlons parce que ça fait mal, que la péridurale n’arrive pas assez vite… mais au fond celles qui sont là et que nous n’oublierons pas. Mon fils a 21 ans passés et si je ne me rappelle ni de vos visages, de vos prénoms, je me souviens que vous étiez là, patientes et professionnelles.
    Je suis de vos combats, de vos colères et de vos espérances.
    JE VOUS AIME

  3. faribole dit :

    Plus ils se comportent comme ça, plus ils crachent de bile et d’inhumanité, plus on plébiscite les SF pour nous aider à accoucher. Sont jaloux, c’est tout. Puis cons aussi.

  4. marianne dit :

    Effectivement, je ne comprends pas leur réactions !
    Nous sommes complémentaire et donnons le temps qu’ils n’ont pas forcément pour expliquer, conseiller, accompagner…
    Oui, certaines revendiquent le statut de praticiens hospitaliers, mais c’est si injuste d’avoir les devoirs d’un métier médical sans la reconnaissance.
    Nous ne serons jamais médecin, mais je pense quand même être indispensable et très utile dans la chaine de ce système de santé !!!
    Il y a de la place pour TOUT le monde, alors arétons de se chamailler et de montrer à la société ce coté médiocre qui est en nous (en vous !).

    • reinemere dit :

      Je pense qu’ils ne sont pas les plus nombreux,heureusement.J’ai rencontré plus de médecins (et d’infirmiers puisque les vieilles rancœurs ressortent ) avec qui j’ai eu plaisir à collaborer que d ‘accusateurs,mais quand même,je pensais que l’intelligence et le souci des patients l’avaient emporté sur les égoïsmes catégoriels!

  5. Anna dit :

    Dis, reine-mère, ne leur propose pas votre place, je ne veux pas d’eux à mes côtés quand j’accoucherai ; je veux plutôt quelqu’un comme toi, patient, attentif, accompagnant en un mot.

  6. Ellis Lynen dit :

    A l’occasion d’une garde calme je fais le tour des blogs… et tombe sur ton article, joliment écrit et joliment tourné. J’ai envie de dire : serrons nous les coudes. Je n’écoute plus les vieilles rancoeurs des mêmes médecins et étudiants aigris, et ne retiendrai que ceux qui, dans l’ombre, travaillent en bonne intelligence.

    Pis mort aux cons. Et aux vaches.

  7. Emilie dit :

    Les femmes n’ont jamais eu autant besoin d’avoir des spécialistes à leur côtés, nous européennes, mais aussi et surtout nos soeurs de part le monde, celle qui souffrent pour le simple fait d’être née filles et d’être, tant bien que mal, devenues femmes.
    Toutes les femmes ont besoin des sages femmes.Celles qui ne pensent pas encore à devenir maman, celle qui le seront dans quelques temps et celles qui l’ont été il y a longtemps.
    Et même les femmes qui ne veulent pas devenir maman ont besoin de spécialistes à leur côté.
    Mais mon avis tout personnel c’est que, si la gynécologie et l’obstétrique concernaient les hommes, il y a bien longtemps que les spécialistes auraient le plus haut grade et la plus grande reconnaissance qui soient…..

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