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ESPRIT DE NOEL

 « Dis, Mémé, c’est quoi les bougies que tu allumes ce soir ?

-Ah, ma filliotte, c’est les bougies de la veillée de Noël. Une rouge pour les âmes qui nous ont quittés, une bleue pour les âmes qui nous sont chères, et une verte pour les âmes à venir… »

J’en ai  gardé l’habitude et chaque année ramène sur ma fenêtre ce trio enfantin.

Ma bougie rouge est un peu grande cette année. Miss Plume s’est envolée, Nounours ne câlinera plus les pensionnaires de la maison de retraite .Elle ne chantera plus à pleins poumons ce Noël des Gueux qu’elle adorait au point de l’entonner en pleine rue quelle que soit la saison. D’autres encore ont changé de chemin. Mon carnet d’au delà se remplit peu à peu de souvenirs et de voix qui s’éloignent. Oui, cette année ma bougie rouge est bien trop grande.

La flamme de ma bougie bleue s’élève vaillamment, parce qu’il faut malgré tout se réjouir de chaque moment, sans penser à la colère qui monte devant ce monde qui tourne bourrique, comme aurait dit Mémé, devant cette impuissance qui nous paralyse  et cet avenir qui a bien trop le monstrueux visage du passé. Parce qu’un jour, il faudra bien refermer mon propre livre des choses perdues, ma bougie bleue brûle vaillamment malgré tout.

Quant à ma bougie verte, ma foi elle scintille haut et fort aujourd’hui. Tout à l’heure, dans le cabinet médical que le bazar de photos et de faire-part accumulés rend un peu moins impersonnel, un petit galop endiablé a fait monter les larmes aux yeux du couple que je recevais, premier signe d’une toute petite personne qui n’arrivera que dans de longs mois. Alors ma bougie verte clame haut et fort son tendre et naïf  émerveillement. Qu’est ce qu’il est beau, mon métier de sage-femme !

 

MEMOIRES D’UNE ADO RANGEE

Elles sont venues à quatre, sagement assises en salle dattente. Deux dentre elles font partie  de celles que je ne peux que tutoyer, je les ai vues grandir… Elles sont en première, le bac français les attend au printemps et sans doute aussi la fin de leur enfance. Je sais juste que lune est enceinte, et souhaite poursuivre sa grossesse…

Elles samusent dun rien, gloussent comme des bébés qu’on chatouille.Elles  se chamaillent et s’ explosent les yeux sur leur écran de portable..

Elles entrent à deux dans le cabinet. « Mdame, elle peut venir, cest ma meilleure copine ?  Elle sera la marraine, vous savez ! ».

Cest ma petite Choupinette , ma « presque »  fille qui mène la danse. Des allures de moustique monté en graine, mais un dur regard dadulte. La future mère cest elle…

« Dabord, je voudrais être sûre que vous nen parlerez pas à ma mère, parce que jai des droits, hein !! Même que mes parents ne peuvent pas mobliger à avorter, même si je suis mineure. Je le garde si je veux, moi, ce bébé ! Pis de toute façon, le lycée ça me gave !!!»

Des droits, des droitsSais-tu doù viennent tes droits, jeune révoltée ? Veux-tu que je te raconte comment cela se passait il  ny a pas si longtemps ? Veux-tu suivre la sage-femme dans les couloirs de ce lycée  où tu promènes tes revendications?.

 

 

Un saut en arrière Je suis en terminale ;  je suis un peu moins âgée que toi, parce que je balade mes années d’avance en survolant le programme. Mon avenir est tracé : hypokhâgne, khâgne et concours des Chartes, les mains dans les poches …Je suis la petite, celle qui sert d’alibi aux premiers émois amoureux  des copines, un chaperon miniature insoupçonnable. « Non, non maman, je t’assure, je vais réviser la philo chez Zab. »

Mais un alibi ne protège pas les papillons insouciants. Nos blouses obligatoires viennent juste de brûler sur les barricades de mai 68, nos gambettes se doivent encore d’êtres nues dans les chaussettes, Point de bas ni collants autorisés, Pantalons à peine tolérés, maquillage prohibé,  même dans notre lycée mixte classique et moderne, comme le revendique l’inscription au fronton. Alors, les choses de la vie, imaginez !!!

Ma meilleure amie, mon double presque depuis la sixième, avait pris ses distances. Elle fréquentait..

Je crois que la prof de gym a été la première à avoir des soupçons … Pour sûr, la disparition des merveilleux jours sans piscine n’y était pas pour rien, ces jours qui nous voyaient lui chuchoter à l’oreille : « Madame, aujourd’hui, je suis indisposée!».

Elle a envoyé sa suspecte à l’infirmerie, avec  moi sur les talons..Nous n’y sommes jamais arrivées …Elle s’est soudain effondrée au milieu du couloir, juste devant l’aumônerie. L’aumônier ne savait que faire de ce secret enfin lâché, il a fait appeler les parents.

Je suis restée assise par terre à ses côtés. Sa main broyait la mienne convulsivement et nous pleurions sans bruit…Quand ses parents l’ont emmenée, je n’avais pas compris que je ne la reverrais pas avant longtemps .Pendant des semaines, j’ai soigneusement copié tous les cours pour elle, scrupuleusement noté tous les devoirs . Fait comme si elle allait ouvrir le lendemain la porte, s’asseoir  et poser sa trousse sur la table..Nous avons tous fait comme si..

Elle n’est pas revenue cette année-là. Le prof de philo nous a dit qu’elle avait été renvoyée du lycée, que ce n’était pas la  peine de chercher à avoir des nouvelles ; d’ailleurs ses parents ne voulaient voir aucun d’entre nous. Nous n’étions plus les bienvenus.

Enceinte, fautive et exclue de notre vie sans avoir eu le choix..Il a dit aussi, à mi-voix,  très prudemment, que sa femme était gynéco, et que si nous avions des questions à poser..

Je l’ai revue quelques années plus tard,. Elle avait changé de lycée, repris l’année suivante et passé son bac .L’enfant ??  Ah,oui,l’enfant.. Oh, il avait été adopté, elle ne s’en tirait pas si mal, tu sais Zab…

 

Mon adolescence avait pris un coup sévère. J’ai revendiqué, défilé aussi pour la contraception, pour le libre choix de grossesse.Je suis devenue sage-femme,et non conservateur de musée.

Je n’ai jamais cessé de me battre pour que les petites Choupinettes puissent venir clamer dans mon bureau qu’elles ont des  droits !! Y compris de se lancer tête baissée  dans la maternité.

Bien sûr, je nai rien dit de tout cela. .Je lai adressée à lhôpital pour quelle soit bien suivie et préparée à la route quelle entendait se tracer…

Heureuse rançon de la liberté que nous avions réclamée..

 

 

CE QUE JE SAIS DE 1914 -1918

1914… 2014…La Grande Guerre

Bientôt commenceront les commémorations … Des discours que je n’écouterai pas…L’hommage aux poilus, je l’ai rendu il y longtemps déjà…

Pour moi, la Grande Guerre c’est à tout jamais un vieux monsieur qui marche lentement entre des rangées de croix blanches…

 Ce brouillard qui s’effiloche en fils laiteux au dessus des arbres, je pourrais le trouver beau….

 Je pourrais apprécier le calme et la sérénité de cette tranquille plaine  si mes yeux n’étaient pas rivés sur une silhouette fragile…

Il va à petits pas, parce que ses chaussures le serrent un peu .Dame, ça change des sabots tournés au moulin du bief par le sabotier du village …

Il va à petits pas, parce qu’il fait une pause devant  chaque croix pour y verser une ch’tite goutte de son aligoté préféré qui a voyagé avec nous, bien calfeutré dans ses langes de toile pour qu’il ne lui arrive rien…Un peu du pays venu en libations silencieuses sur l’herbe drue….

« Qu’est-ce tu lis donc, p’tiote ?  Tu t’arrêtes donc jamais ? Profite, c’est les vacances !

                          -Je révise mes cours d’histoire. La grande Guerre J’en suis à l’offensive Nivelle, celle de…

-Pas la peine, crapouille, j’connais la date…16 avril 1917.J’y étais…Ai fait Verdun, moi, t’ sais, p’tiote. Même que Verdun m’a pris un poumon .Et mes potiaux d’la tranchée….

J’y suis jamais r’mis les pieds, mais faudra ben qu’j’les prévienne que j’arrive, tu vois, p’tiote , il est grand  temps…

Tiens, j’m’en va d’mander à ton père d’nous y conduire c’dimanche…. »

 

C’est ainsi que se monta l’expédition.

Il est beau, le Claudius. Il a mis son costume des jours importants, celui des mariages et des enterrements…Certes  le col de la chemise est resté ouvert sous peine d’étrangler son porteur et le Claudius n’a pas renoncé à sa ceinture de flanelle soigneusement drapée .Cela lui confère un curieux maintien, cérémonial guindé et  confort douillet  mêlés, mais il a fière allure, assis à l’avant de la voiture….Sa casquette penche un peu, elle aussi a dû écluser quelques chopines blanches pour se donner de l’allant. Les premiers kilomètres il se montre plutôt disert, s’écarquillant les yeux sur des merveilles  que je juge banales : les belles routes bien goudronnées, les mornes maisons modernes où doit triompher le formica, les champs immenses  où tu vois donc c’te matériel des Amériques, quand même, qui dévore la terre à grand bruit…

Au fil des kilomètres les commentaires se font rares, il ne déchiffre plus qu’ à mi-voix les noms des villages que nous traversons .Puis il se contente de murmurer avant que le silence ne s’installe…

Je marche derrière lui, tout au bout de cette allée que le gardien nous a indiquée…

 

« Tiens çui-là l’était instit, avant  ; c ’tait mon lieut’nant. Pis là un gâ d’la ferme que les uhlans y z’avaient brûlée en 70, c’t engeance…Ça leur avait pas suffit, fallut qu’les alboches le prennent… ..C’ qu’on a pu rigoler à des fois quand on s’disait qu’on était encore vivants,  cré bon diou  d’bon diou ! …Tiens, l’Emile, j’avais oublié qu’t’étais là itou…Le galant à la Tavie, un bon gâ…Tu sais, y s’a réveillé mort un matin qu’il en pouvait pus…

Il marche maintenant plus vite, il s’échauffe à reconnaître des noms, il sourit à des souvenirs…Je le suis,  pensivement étonnée de son entrain…

« Qu’est c’ tu vois, là p’tiote ? Des tombes, hein avec des morts dedans.. .? Ben, tu sais, p’tiote, c’que j’vois là moi, c’est pas des morts, c’est des vivants…J’saurais pas t’dire aut’chose. Y m’attendent d’puis lurette, mais a sont vivants tant qu’j’le suis. Après tu s’ras p’tête là pour penser à des fois à nous, non ? »

 

Un vieux monsieur qui va d’une tombe à l’autre…Mon grand-oncle…J’y pense tous les ans, mon oncle. J’essaie de me souvenir de vos noms, le Claudius, et l’Alphonse, le Camille, le Louis et l’Eugène, l’Emile  et tous les autres…J’ai du mal à présent. Je crois que vous allez mourir une seconde fois .cré bon diou d’bon diou….

LA RUE ETAIT ETROITE

UN PETIT CONTE SANS RAPPORT AVEC MA VIE DE SAGE-FEMME , POUR JULIE

La rue était étroite, longue ,humide et obscure.

Il suivit du regard l’alignement des pavés, jusqu’au petit recoin si familier dans l’angle de la maison. Il distinguait les contours de la vieille borne de pierre .Elle semblait humide, la journée avait été maussade, rythmée de petites averses cinglantes et désagréables. .Depuis le matin il avait couru et couru  encore sautant adroitement par-dessus les rigoles scintillantes. Il s’était diverti à regarder les gouttes  rebondir sur les passants pressés et grognons…

La nuit s’insinuait à présent, grignotant  la rue  de ses ombres  complices…

Qu’importe, il était de retour…Il marcha jusqu’à la borne et s’assit. L’endroit était  son domaine depuis qu’il était tout petit. Il y passait de longs moments à songer, les yeux mi-clos à peine troublé par  les allées et venues des riverains.

D’ici, s’il levait la tête, il voyait le halo de lumière du réverbère à quelques pas. Quelques petits papillons  y voletaient encore, il admira un instant leur danse légère. Dans peu de temps, l’hiver les dévorerait….Un peu plus haut, il discerna  quelques étoiles pâlottes, juste au dessus de la grande cheminée du toit

Il y a quelques temps encore, il aimait grimper pour s’allonger sur les tuiles chaudes de soleil ….mais cela ne l’amusait plus…L’été était si loin déjà.

Dans la pénombre  un rai soudain de lumière…Son nom répété par une voix inquiète. Nonchalant, il s’étira et se glissa souplement vers la porte qui venait de s’ouvrir.

« Ah te voilà, fripon. Je t’ai cherché toute la journée. »

Un dernier regard à la rue si étroite, longue et obscure. Sa rue…

Demain, s’il faisait beau, il resterait plus tard encore.

« Miaraou miââ. » répondit-il avant de se glisser dans la chaude atmosphère de son chez-lui.

 

REDACTION:RACONTEZ VOS VACANCES

Un petit souvenir léger, léger…dans ma vie de sage-femme.

Grand soleil sur la route des vacances.

La remorque sautille à nos trousses sur l’autoroute, chargée de l’indispensable matériel  des vacances. Pistolets à eau, frisbees, raquettes et autres gadgets qui composent les impedimenta des renardeaux..

Lesdits  renardeaux sont à l’arrière de la voiture qui avec sa console de jeu, qui avec  son baladeur ou ses cartes Pokémon.

Nous partons pour le pays de la moutarde et du cassis. Retour vers mes jeunes années, dans le fief familial,

Quand Papa nous faisait découvrir la pêche à la ligne.

Quand j’apprenais à tricoter avec Maman.

Quand je trayais les vaches dans la ferme de ma grand-tante.

Quand j’écoutais mon grand-oncle chanter Le credo du paysan ou  La chanson des peupliers. En remontant l’allée il chaloupait au rythme de sa voix, le dimanche soir après le tarot chez la Madeleine et les chopines pour la route.

Quand je traversais le cimetière avec Grand-mère qui connaissait plus de monde autour de l’église que dedans et passait tous les soirs saluer des ombres connues d’elle seule, c’est normal, ma filliotte, c’est comme ça qu’on grandit.

Vacances.

Pas de femmes enceintes à l’horizon, pas de consultations.

Esprit libre…

Premières courses de l’année où je prends mon temps. Je remplis nonchalamment mon caddie. Les renardeaux sont restés au bord de la rivière, en pleine construction d’un moulin à aube avec les cousins .Ma renarde s’est glissée dans la voiture. Pour être sûre sans doute que je n’oublierai rien de ses désidérata.

La journée est belle, la vie est belle et je paresse dans les allées de la supérette locale.

Ma renarde est en arrêt  au rayon légumes, en contemplation devant les choux et les salades. Vu le peu d’importance qu’ils ont dans son univers, je m’approche.

Elle me souffle d’une voix qu’elle imagine discrète, juste assez fort pour que tout le magasin entende :

« Regarde, maman, la dame elle a fait pipi »

A voir les rondeurs de la dame, j’ai une autre explication, que l’intéressée confirme. Elle vient de perdre les eaux.

« J’suis à terme, j’voulais remplir le frigo avant d’accoucher, mais j’peux plus bouger, j’sens qu’ça sort. ».

Dieux du ciel, je n’ai rien entendu…

Poussons négligemment  le caddie hors de la zone dangereuse.

Trop tard, ma renarde s’est mise à claironner. Une vraie agence de com’

« Ma mère elle est sage-femme, tralalala. Elle sait comment faire, tralalalalère »

La dame se joint au chœur. Le cri de ralliement universel des salles de travail retentit.

« Ça pouuuuuuusse ! »

Panique dans les rayons. C’est la campagne. La maternité est à 45 km, les seuls secours ici sont les pompiers volontaires et le médecin qui à c’t’heure est sur les routes.

Sainte Rita, si tu as 5 minutes…

Les employés font cercle autour de nous, et bloquent  les quelques curieux. Je réclame de l’eau minérale, des gants d’une marque connue, qu’on appelle les secours, viiiite .Plein de trucs, en fait, et aussi les serviettes de toilette du rayon blanc, et une nappe en toile cirée s’il vous plaît.

Cinq minutes plus tard, j’ai dans les bras un gros poupon emballé dans une serviette Titi et Grosminet. Même pas eu le temps de me dire ouch, dystocie des épaules. Mes mains ont pris le relais de mon cerveau en vacances et ont travaillé toutes seules.

Délivrance dans la foulée, tout est parfait.

Le SAMU arrive, le relais est assuré. Le médecin me dit en riant:

«  Ce n’est pas tout, mais vous devez faire le certificat d’accouchement, maintenant, avant qu’on les emmène. »

Oui. Je  rédige et je signe.

Et je finis mes courses avec une renarde surexcitée qui croit bon de prévenir la cantonade sur le parking « C’est ma mère. Elle sait faire les accouchements. Même que la dame elle m’a dit qu’elle enverrait un faire-part. Et même que les bébés ,ça nait vraiment dans les choux, si madââme.»

 

MISS PLUME A GRANDI

Aujourd’hui je sors avec Miss Plume.Cinéma et Mac Do au programme,aprés une discussion «  entre filles »

Miss Plume a 16 ans, un chouette tee shirt proclamant  qu’elle n’est plus un bébé. Aujourd’hui, elle a les cheveux roses, demain  est un autre jour.

C’est la fille de mon meilleur ami.

Miss Plume est gaie et légère comme son surnom, elle rêve d’un monde plein de câlins et de bisous où elle vivrait éternellement jusqu’à demain soir avec Papa Plume et Maman Plume, et toi aussi, Babé, parce que t’es grave gentille.

La nature a été trop généreuse avec Miss Plume, elle lui a fait cadeau d’un gros Mosome, un truc en Peluche qu’elle appelle Nounours. C’est du moins sa version.

Pour nous, Nounours s’appelle  T21.Il n’est pas méchant, Nounours, juste il rend la vie joyeuse et compliquée.

Miss Plume a seize ans et elle est amoureuse de Copain CAT .C’est pour ça que Maman Plume m’a demandé d’expliquer à Miss Plume que les bébés  ne naissent pas dans les choux.  Ça ferait trop de Nounours à la maison, a compris Miss Plume.

L’équipe qui suit Miss Plume a conseillé à Papa Plume et à Maman Plume de procéder à une toute petite manœuvre de rien du tout pour «être tranquille» si Miss Plume offrait plus que des dessins enflammés à Copain CAT. Ils ont dit oui, peut -être, nous verrons plus tard. Ils pensent qu’on peut apprivoiser Nounours et rendre Miss Plume autonome pour ça aussi,  pas seulement pour mettre la table dans la maison de retraite où Miss Plume a adopté pleins de Pépés et de Mémés. Miss Plume  et Nounours ont un cœur d’amour tout chaud à distribuer.

Alors avec Papa Plume et Maman Plume on a réfléchi, et réfléchi encore pour trouver une solution .Et j’ai fabriqué un calendrier de l’Avent pour Miss Plume. Un chouette panneau brodé à accrocher au mur au dessus de son lit, avec des petites poches où seront  rangés les bonbons magiques anti Bébé-Nounours. Bon, il y a vingt-huit jours et les bonbons sont un peu bizarres, mais miss Plume est satisfaite. C’est le calendrier magique qui lui permettra de faire des bisous d’amour à Copain CAT, des vrais bisous d’amour, hein, pas juste sur la joue..

« J’en prends un tous les soirs, après les dents et avant le lit, c’est ça ? Et quand les poches seront vides, tu me le rempliras encore et encore, hein ?  Et je pourrai faire l’amour avec Copain CAT, comme vous les sans Nounours»

Oui, ma Miss Plume, promis. Tu grandis, ma Plume, Papa Plume et  Maman  Plume ont raison de te faire confiance.

 

#PRIVESDEMG

Quand j’étais petite, j’’étais amoureuse  du généraliste qui s’occupait de toute notre résidence, comme tous les membres de la bande des Princesses  Fermières en quête d’un courageux chevalier.

Il connaissait nos prénoms, il était capable de donner notre âge quand il nous croisait dans l’escalier. Il soignait nos bobos, nos gros rhumes et nos sournoises angines .Il nous protégeait des vilains microbes avec ses potions magiques. Bon, la piqûre c’était quand même un mauvais moment. Mais il y avait toujours des caramels, négligemment posés sur le coin de son bureau…

Il nous sauvait quand  la maladie se faisait plus incisive et qu’il fallait aller à l’hôpital. On n’avait pas peur, on savait qu’il était docteur et un bon, disaient les parents.

Dans la salle d’attente de son cabinet il y avait des jouets et des livres pour les enfants, bien plus que de journaux pour les parents. J’y ai lu mes premiers Astérix .Souvent, il nous les prêtait pour les « finir à la maison »

Je m’asseyais toujours en face d’une merveilleuse affiche des Jeux Olympiques dans un lointain pays qui me faisait rêver, même avec le plus terrible  des rhumes. Mon généraliste avait quand même fait partie de l’équipe de France de javelot, hein !

C’était sûr, il avait quelque part une médaille qu’il finirait bien par nous montrer.

Chaque rentrée nous conduisait sous la toise accrochée au mur, pour voir si  nous avions mangé assez de soupe cette année…

Il a été le premier à qui j’ai révélé que je voulais être sage-femme.

Il m’a vu grandir, je l’ai vu vieillir.

Il n’était ni spécialiste, ni pédiatre. Juste généraliste.

Il a fini par oublier nos prénoms, puis il a même oublié qu’il avait été notre  médecin de famille. Une partie de notre enfance s’est cachée dans les recoins de sa mémoire et a disparu avec lui.

Il me reste le parfum des caramels, et une furieuse envie de regarder les compétitions de javelot.

Je n’imagine pas qu’un jour les petites princesses et les vaillants cow-boys puissent être privés de MG.

LES VOIES DE LA PROVIDENCE

Quand j’étais ch’tite angelote à bouclettes blondes, je n’avais pas vraiment de projet d’avenir, genre le métier dont j’aurais rêvé en trépignant d’impatience dans chaque flaque d’eau. Le métier finirait bien par me trouver lui-même.

A trois ans, j’aurais bien fait Petit Jésus, pour distribuer les cadeaux moi-même le soir de Noël. Vocation tuée dans l’œuf par Papa .Pas assez  de perspectives d’avancement, selon lui. Et poste réservé  à un homme.

A quatre ans ma carrière d’éleveuse d’escargots a été réduite à néant quand l’intégralité de mon cheptel a grignoté sa cage en carton avant de se faire la belle  en décorant les murs de stries argentées post-new-âge. Maman a retrouvé des coquilles vides pendant plusieurs mois.

A cinq ans, j’ai cauchemardé pendant plusieurs jours quand ma Mémé  m’a  prévenue que le tétanos allait m’emporter dans d’atroces souffrances. Il faut dire que j’avais cueilli toutes ses roses pour ouvrir une boutique de fleuriste.

A six ans, j’ai découvert le Petit Prince et Puck le lutin des collines. Je suis devenue écrivain. Je dois avoir à moi seule relancé l’industrie du petit carnet de notes .De temps en temps je rechute !

J’ai grandi. J’ai attendu mon métier comme d’autres attendent le prince charmant. C’est ma grand-tante  qui a servi d’entremetteuse. Elle a dit un jour que j’avais les mains de ma grand-mère sage-femme disparue à trente  ans.Ça m’a  plu, comme idée. J’allais devenir une réincarnation.Les mains ne suffisaient pas,j’avais aussi besoin de  la tête.

Dans ces années-là, pour valider le concours d’entrée à l’école de sages-femmes, il fallait avoir le bac ET dix-huit ans révolus. J’avais l’un mais pas les autres J’ai dû attendre deux ans.

Pour plaire à Maman, j’ai d’abord fait un peu de Lettres Classiques, parce que c’était mon univers. On ne récite pas impunément à deux ans les déclinaisons latines que votre mère rabâche le soir  à ses élèves, enfin, soyez attentives, mesdemoiselles et écoutez Louloute, elle les connaît mieux que vous Latin grec tendance médiéviste, avec une pincée de gaélique  J’ai vu construire des cathédrales. J’ai marché dans les pas des Coquillards à la suite de Villon. J’ai défendu Saint Jean d’Acre, Je suis un  peu morte au Krak des Chevaliers.

Mais c’était en attendant le concours.

Pour plaire à Papa, j’ai fait acte de présence en fac de médecine, sans me présenter aux partiels de maths et de physique que j’abhorrais. J’étais la souris du premier rang  de l’amphi, celle qui notait scrupuleusement tous les cours pour les refiler aux copains absents. Autant dire un OVNI .Il se  racontait que certains redoublants trafiquaient les polycopiés pour augmenter leurs chances .Il m’en reste quand même  des bribes de chimie biochimie et quelques très bons amis chez Hippocrate.

Mais c’était en attendant le concours.

J’ai enfin pu fouler le sol de mes Champs Élysées personnels dans une vénérable maternité qui avait vu bien d’autres petites Roses. Je suis devenue sage-femme, peut-être un peu en suivant  l’adage d’un prof de khâgne féru de littérature islandaise. « Ce n’est pas  tant le destin qui vous est assigné qui compte que la façon dont vous le contraignez à vous obéir. »

Je m’y emploie tous les jours, en espérant être une pas trop mauvaise sage-femme.

C’est en attendant le concours final.

SOUS LE TILLEUL pour les souriceaux de tante Anna

C’est  l’été dans le jardin du presbytère. J’ai sept ans , des barrettes papillons dans les cheveux et des chaussettes en varappe  sur les mollets. Je suis assise à l’ombre du gros tilleul, pas loin de la haie de groseilliers rutilants. C’est l’heure du caté.

Sœur Angélique sait bien que la gourmandise est la petite sœur de la sagesse, et si nous sommes attentifs, nous aurons le droit de picorer notre récompense.

Sœur Angélique  vient de nous apprendre un cantique .C’est super dur à chanter. J’ai un peu  cafouillé sur les dernières mesures, mais Sœur Angélique dit que ça n’est pas grave. Le petit Jésus ne demande pas aux moineaux de chanter juste.

Sœur Angélique vient de donner le signal. Nous avons été bien attentifs, les moineaux ont le droit de se régaler des petites grappes croquantes.

Moi j’attends un peu. J’ai une terrible question qui me trotte dans la tête.

Sœur Angélique m’a promis que notre abbé  pourrait y répondre. Justement, le voilà.

Il m’écoute attentivement.

« Comment y fait, le Bon Dieu pour être avec nous sans qu’on le voie ? »

J’ai dû le vexer, il me laisse toute seule dans l’allée.

Ah non, il  revient. Que fait-il avec un verre d’eau et un morceau de sucre ? J’ suis pas malade, juste curieuse.

« Que vois-tu dans ma main ? »

Ben, j ’suis pas idiote. Un verre d’eau et du sucre.

Il met le sucre dans le verre et mélange un instant.

« Et là, que vois-tu. ? »

Me prend pour une cruche, aujourd’hui, l’abbé. Un verre d’eau, tiens.

« Bois un peu et dis moi si le sucre est encore là »

Révélation théologique. …..

Le Bon Dieu est comme le sucre, soluble dans l’eau,

Ça lui permet  d’être là incognito !

Depuis, le Bon Dieu et moi maintenons une bienveillante distance. J’attends qu’il prenne de mes nouvelles. J’ suis pas pressée, à vrai dire.

Mais j’ai refait le coup du sucre à un de mes renardeaux  qui venait de découvrir  les angoisses de la vie après la mort.

Bien sûr que je serai près de toi quand je serai morte, mon lapinou. Comme le goût  du sucre dans le verre d’eau

Tu sauras juste que je suis là, même si tu ne me vois plus.

PETITE SCENE INTIMISTE spéciale dédicace pour Tante Anna

Ma renarde a quatre ans.C’est la seule fille de la portée.

Je la regarde pousser avec amusement.Quand elle sera grande, elle sera Général des piqûres.Elle seule sait ce que cela signifie.

Elle sait tout sur tout.

Elle sait que c’est Maman qui fabrique les bébés la nuit pour les déposer au matin dans les berceaux.

Elle sait que le jars Waldo coince l’oie Amélie dans la cuvette bleute pour lui faire avouer où elle cache ses œufs, la vilaine.

Elle sait que si elle avale les pépins de pomme, un pommier bonsaï lui sortira du nombril.

Même qu’un jour,je serai vieille et moche,d’après elle.Ma renarde a des dents pointues.

La semaine dernière, elle est tombée amoureuse d’un chien-sac-à-mains en peluche noire et blanche Celui qui a une tache sur l’œil droit.Elle ne le quitte plus, même sous la douche.

Ce matin, Chien d’amour a disparu.Sans doute oublié pendant les courses.Ma renarde est inconsolable,elle n’a même plus de larmes tellement le chagrin la submerge.

Heureusement Chevalier Papa est prêt à consoler sa princesse.Nous filons au magasin de jouets.Vite un nouveau Chien d’amour avant de partir en courses.Ma renarde grommèle que ça n’est pas du tout pareil, mais elle serre bien fort le nouveau venu.

Dans le magasin, Chevalier Papa remarque tout de suite le fugueur adoré derrière le comptoir.Chien d’amour est revenu!

Ma renarde saute partout en clamant « J’ai eu des jumeaux,j’ai eu des jumeaux! »

Elle me tire par la main. « Tu crois  qu’il en reste encore au magasin,des Chiens d’amour?  »

Ma renarde voit loin et a de la suite dans les idées.