Archives pour la catégorie non,PMI ne veut pas dire petits moyens intellectuels

LES DÉSARROIS DE LA SAGE-FEMME PMI

Billet promis,billet dû

Je m’en viens donc vous narrer mon quotidien en ce moment,à savoir les consultations prénatales PMI d’une grande maternité française

Bien sûr,les prénoms ont été changés,lalilala etc…etc…

Mais si la forme est de mon cru,le fond est véridique

Vous êtes prêts ?

Vos mouchoirs et vos anti-dépresseurs sont à portée ?

En route

8h30 N . a rendez-vous à 9h,mais elle n’a rien de mieux à faire que de venir attendre ici.Le centre d’hébergement ferme à 8 h,alors elle est venue se mettre à l’abri .Elle a 22ans,arrive tout juste d’Afrique.Quand son père est mort il y a 4 ans,ses oncles l’ont mariée pour effacer une dette paternelle au créancier.72 ans,4 épouses et 18 enfants de tous âges .Elle a servi de domestique aux 4 épouses dans la journée,et le soir, elle subissait les assauts du patriarche encore assez vert pour l’engrosser une première fois.Quand il a compris qu’elle était enceinte,il l’a tellement tabassée qu’elle a fini à l’hôpital en pleine hémorragie.Les épouses se sont ensuite vengées en la martyrisant jusqu’à ce qu’une nouvelle grossesse s’annonce.Elle a fui,grâce à une religieuse qui l’avait prise en pitié à l’hôpital.Elle est ici depuis 15 jours et a de bonnes chances de pouvoir déposer une demande d’asile.Quand elle aura réussi à avoir un rendez-vous.Même si son bébé est d’un homme détesté,elle s’accroche à l’idée de pouvoir enfin avoir quelqu’un à aimer

9h F. aussi arrive toujours en avance.A cause de la boîte à biscuits qu’elle appelle MamaBrioche.Elle vient aussi d’Afrique,mais pas du même pays que N..Elle a fui la guerre qui a détruit toute sa famille parce qu’elle n’avait pas la bonne ethnie .Elle a une collection de cicatrices visibles et autant d’invisibles qui de temps à autre la font partir loin,très loin .Pendant une consultation elle a égrené les prénoms de ceux qu’elle a perdus,mais maintenant elle ne veut plus en parler.Le seul lien que nous avons c’est ce vigoureux bébé qui la maintient dans la réalité.

9h30.Une autre F. passe sans rendez-vous.On papote autour d’une tasse de café.Au pays elle a sept filles,toutes excisées contre sa volonté par sa belle famille.Elle attend la 8ème.Son mari a vendu tout ce qu’il pouvait pour qu’elle puisse accoucher dans un pays qui la protégerait.Elle ne sait pas si elle reverra un jour ses filles et ce mari très gentil,tu sais chasse-femme !

10h Je change d’univers avec S.Elle arrive d’Ukraine.Un soir son mari a entassé tout le monde dans la voiture et ils ont pris la route pour ne pas mourir sous les bombes de leur propre armée.Elle ne dit pas grand chose,mais pleure beaucoup.Guerre terrible chose, répète en boucle son mari.Morts,tous morts dans village.Il y a entre eux et moi en permanence des fantômes .Et un bébé dont nous n’arrivons pas à parler.

10h30 Miss K fait son entrée en ronchonnant comme d’habitude.17 ans,des piercings en veux-tu en voilà,un culot monstre et des peurs de petite fille montée en graine trop vite.La première fois que je l’ai reçue,elle m’a tout à trac avoué qu’elle a voulu garder ce bébé pour se venger du copain qui l’a laissée tomber en apprenant la grossesse.C’est pour moi le rocher de Sysiphe,cette jeune panthère qui rejette toute aide.Elle décourage jusqu’à nos pédopsychiatres

11h I. est en retard.Elle est toujours en retard et invente des raisons plus rocambolesques les unes que les autres pour se justifier alors que je ne lui demande rien.I .est la proie de nombreuses addictions dont elle balaie la dangerosité avec insouciance.Elle répète qu’un jour,bientôt elle arrêtera toutes ces conneries qui la détruisent .Et d’ailleurs ce bébé,elle en est sûre va lui permettre de tirer un trait sur tout ça.Sur ces cauchemars qui la poursuivent depuis ses 10 ans,depuis que l’oncle s’est glissé dans sa chambre..

11h45 Du coup,moi aussi je suis en retard pour recevoir M. dont le mari est en prison depuis 4 ans.Le bébé,eh bien les gardiens sont plutôt sympa,ils ont fait semblant de ne rien voir et de ne rien entendre.D’ailleurs,l’avocat demande si je peux faire un certificat de grossesse pour le dossier de remise de peine;ça serait tellement chouette si R. pouvait venir la prochaine fois.C’est pas un mauvais bougre,juste un peu soupe au lait .Faut pas le chercher,quoi.

12h30 Une collègue passe la tête.Si jamais j’avais 5 minutes pour voir D.Elle est diabétique sous insuline ,roumaine et sans couverture santé .C’est galère,tout ça

13h La sage-femme a faim,elle s’accorde une pause.Ah non,tiens,les urgences appellent.Dis,on est embêtés avec une dame que les pompiers viennent d’amener.Elle dormait à la gare de XXX et ne sait pas où aller.

Et ma journée continue avec S,A et U qu’un bénévole accompagne depuis leur centre de migrants.Je ne sais pas si je les reverrai,elles attendent une place en centre d’hébergement et partiront peut-être ce soir,demain ou dans 15 jours pour Trifouillis-En-Province.

Du coup,je vous laisse,il est 15 h et je n’ai toujours pas mangé.On fait une pause et on se retrouve demain ?

IL ETAIT UNE FOIS

Allez,puisque vous avez été bien sages,je vais vous raconter une histoire.Et pour une fois c’est une histoire toute récente,même encore en cours.

Asseyez vous et ouvrez grand vos oreilles.

Il était une fois dans un pays lointain,disons dans les 6000 kilomètres au Sud grand Sud de MégaVille une petite orpheline que sa grand-mère élevait avec soin et amour.

Souvent pour endormir la Petite,Mémé lui racontait comment sa mère était belle et gentille.Et comment elle avait fait un beau mariage avec un jeune homme bien fait de sa personne et fortuné.Si fortuné qu’il l’avait emmenée au pays de France pour qu’elle ait une vie douce et tranquille.Quand la Petite demandait pourquoi sa maman ne venait jamais la voir,Mémé pleurait doucement et disait que les morts n’élèvent pas les vivants .La Petite ne posait plus de questions pour ne pas faire pleurer Mémé.

Dans ce pays-là,pour être une bonne fille à marier,il n’y avait pas le choix.Il fallait passer entre les mains des exciseuses.Mémé avait bien essayé de temporiser,parce qu’elle savait quelle épreuve c’était.Mais au final la Petite était passée quand même sous le couteau.Oublions ce souvenir et réjouissons nous.La Petite était bien dotée,ma foi fort jolie et les prétendants ne manquaient pas.Il y eut un beau mariage et la Petite devint la Grande,promise à un avenir très doux et joyeux.

Une Petite naquit,puis une deuxième.A la troisième Petite,le mari décida que la Grande n’était boone à rien puisqu’elle ne faisait que des filles .Il la chassa mais garda et les filles et la dot pour la déconvenue qu’il avait subie.

La Grande n’eut d’autre choix que de retourner chez Mémé.Mais sa cote s’était dépréciée,une seconde main incapable d’engendrer des enfants mâles.Mémé prit les choses(et son bas de laine) en main,fourra dans le sac de la Grande quelques vêtements et son pécule.elle lui enjoignit en sanglotant de quitter ce pays où elle n’aurait plus d’avenir et de partir pour le pays de France .

La Grande obéit.Elle prit la route .

A pieds en bus en voiture au gré des rencontres elle chemina droit devant elle vers le Nord.Par chance elle ne fit aucune mauvaise rencontre dans tous les pays qu’elle traversa.Elle travailla à droite à gauche pour ne pas trop épuiser les sous de Mémé.Vaille que vaille elle arriva au Maroc où elle travailla dans les champs pour survivre.Un jeune homme l’aida,il lui plut.Je vous laisse deviner la suite.Mais la Grande tenait à son idée,elle tenait à pouvoir fièrement un jour téléphoner à Mémé qu’elle était enfin en France.

Elle acheta avec quelques autres femmes un canot pneumatique sur lequel elles embarquèrent une nuit.Huit partirent,six au petit matin arrivèrent sur les côtes d’Espagne.On les recueillit,on les réchauffa .On les oublia dans un camp de réfugiés.

La Grande décida de continuer vers la France  avec pour tout viatique une adresse griffonnée sur un bout de papier par une compagne de galère.Elle travailla à nouveau dans les champs pour se payer un billet d’autocar.Bien sûr,ça lui prit du temps.Juste assez de temps en fait pour que son ventre s’arrondisse et qu’elle se dise que peut-être,un petit passager l’accompagnait sur la route depuis un moment.

Quand j’ai fait la connaissance de la Grande,elle était enceinte de 7 mois.Son périple l’avait conduite dans une gare proche de l’hôpital.Avec serré contre elle un petit sac qui contenait tout ce qu’elle avait pu garder jusque là.

Un pull,un pantalon.

Des ballerines élimées.

Un porte -monnaie avec ses derniers billets.

Son billet d’autocar.

Rien d’autre.

Elle est restée 3 jours dans ce lit d’hôpital.Je l’ai apprivoisée à coups de dentifrice et de gel-douche (merci Quitterie).J’ai rempli une valise de vêtements pour elle et son bébé(merci Claire)J’ai écouté son histoire et ameuté assistante sociale et psychologue le temps d’organiser un début de prise en charge administrative.

Tout s’éclaire doucement.Elle accouche la semaine prochaine.

C’est un garçon,Mémé mise au courant est aux anges .

J’ai racheté des madeleines et du thé, parce qu’elle vient toutes les semaines prendre un petit goûter et dévoiler sa vie.

Quelquefois mes histoires sont comme les giboulées d’hier.On rit et on pleure en même temps

CIEL UNE MINEURE ENCEINTE

Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatsooon ?? Je peux vous parler un instant???Parce que votre dossier,celui de la mineure roumaine , il me semble bien compromis !!

Ce dossier-là ? Compromis ?? J’ai pourtant vérifié point par point!!!Je vous trouve de bien mauvais augure,mon cher Holmes !

Ma chère Watson,reprenons donc point par point!Votre patiente accouche le mois prochain et elle est …mineure !

Oooh elle ne le sera plus dans 3 mois,ce sera vite passé.Et elle est inscrite au cours d’alphabétisation,c’est vous dire si elle souhaite bien faire

Soit.Vit-elle chez ses parents ?

Euuuuuuh,pas exactement.Elle vit avec le père de son enfant,ses parents sont restés en Roumanie

Ahaha,je pressentais l’anicroche !

Mais ils ont pris la précaution de signer devant notaire roumain une délégation d’autorité au bénéfice de son compagnon pour qu’elle puisse venir en France !

Vous êtes certaine de ce que vous avancez,Watson ???

Bien sûr,d’ailleurs voici l’acte authentifié et traduit par un interprète assermenté.Vous n’allez pas contester sa légalité,tout de même ?

Passons.Et les tourtereaux logent en caravane, je suppose ?

Holmes,vos ergotages me chagrinent. Le futur père travaille,voici une attestation de son employeur qui met à sa disposition un 2 pièces certes petit mais rénové.Tout ira bien,Holmes,je m’en porte garante.Ils ont même déjà pris rendez-vous à la PMI pour le suivi de leur bébé !

Résumons-nous:jeune couple stable

Futur père honnête et travailleur

Future mère très jeune mais bien entourée

Famille décidée à s’insérer en France

Bien,bien.Ce dossier tout compte fait me paraît bien engagé !!

Passons au suivant si vous le voulez bien .

Au final que croyez vous qu’il arriva ? Murphy se mit de la partie,parce que voyez vous il faut bien montrer à ces gens-là que la loi française prévaut sur les lois d’autres pays.Une presque-majeure ne saurait faire une bonne mère sous le regard peu amène des institutions.

Un compagnon aimant ne saurait remplacer le représentant légal sans l’aval du procureur, tout de même !

L’administrateur de l’hôpital, le jour de l’accouchement, crut de son devoir de signaler la présence d’une mineure roumaine sans ses parents dans les murs de la maternité.Le futur père tout à sa colère de se voir refuser l’entrée en salle de travail s’échauffa quelque peu.

La sécurité intervint,l’administrateur s’empressa de demander un placement pour la mère et l’enfant qui fut ordonné dans l’heure.

Holmes tempêta,Watson se lamenta,mais rien n’y fit.Par la suite(au bout de deux longs mois), le juge pour enfants se montra moins intransigeant que le substitut et transforma la mesure en simple accompagnement éducatif,puisque la mère ,ô miracle , avait dans l’intervalle atteint sa majorité .

PS : pour les lecteurs qui d’aventure se risqueraient sur ce blog,je précise que Watson et Holmes sont avec le Bibliothécaire les 3 facettes de ma schizophrénie personnelle.Eh oui,mon cerveau est piloté par un triumvirat largement à l’ouest de la frontière des conventions sociales.

PUISQU’ON VOUS DIT QUE C’EST POUR VOTRE BIEN

Quand l’hôpital se croit obligé de faire le bien des patients sans leur consentement,grrrrrrrrrrrrrrrrrr.Et du moment qu’on est à peu près certains qu’elles n’y comprennent rien,on peut leur faire tout et n’importe quoi.De préférence quand elles sont un peu pas d’ici et supposées pas assez éduquées  pour se plier à nos diktats.ou pas assez fines pour comprendre toutes les injonctions médicales qu’on leur braille (c’est normal,tout le monde sait bien que le français hurlé passe mieux niveau compréhension).C’est vous dire si j’ai des occasions de ronchonner,vu que toutes mes patientes sont estampillées label Services Sociaux.Et donc au mieux modèle famille Groseille,au pire à peine capables de comprendre ce qui se passe dans leur utérus.

C’est tellement rôdé dans la tête de mes collègues hospitalières que quelquefois elles ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur dossier (pardon,collègues) et me font suivre des patientes qui en vrai n’en ont absolument pas besoin.Je ne dis rien,ce sont mes dossiers-relax,héhé.

Or donc,en début d’année,les urgences,en bon nœud de triage instantané,m’adressent une patiente parce qu’elle est turque(si si ) et depuis très peu de temps en France donc présupposée sans papiers et sans droits ;elle doit relever donc automatiquement de mes compétences.Or il se trouve que la jeune dame en question est née de l’autre côté du Rhin,qu’elle est de nationalité allemande et bénéficie d’une prise en charge européenne.Nous conversons dans la langue de Goethe, puisqu’elle ne comprend pas le français et que je me débrouille encore assez bien pour lui expliquer le suivi de grossesse,les examens( y compris les marqueurs HT21 -qu’elle refusera- j’ai le temps,elle est à peine à 10 semaines de grossesse) J’en profite eu égard à son rhésus négatif pour glisser la prévention Rhésus.Après avoir bien réfléchi,elle décline aussi l’injection .

Elle me trouve sympa,j’entrevois un dossier reposant.on se dit en allemand ,bien sûr que si sa grossesse se passe bien,on peut faire un bout de chemin ensemble. Je vais donc la suivre en prenant soin de noter EN GROS en gras en rouge à chaque consultation qu’elle ne souhaite pas d’injection préventive.Ce qui est son droit même si je n’en pense pas moins.Nous franchissons haut la main le cap des 33 semaines.

La semaine suivante,elle passe aux urgences pour un banal rhume.Elle ne reviendra pas à la consultation suivante,elle me téléphonera en pleurs pour me dire qu’elle accouchera dans une autre maternité.

Aux urgences,sans la prévenir ni lui demander son avis on lui a fait cette fichue injection qu’elle refusait.Elle a compris après coup et ne décolère pas.

ET MOI DONC.

C’était son choix, en toute connaissance de cause.

Il y a encore du chemin,non,face au pouvoir médical ?Et je n’ai donc pas fini de grommeler,moi!

MAIS TU ES BIEN SURE QU’ELLE PEUT MOURIR ?

Elle a 15, 20, 35 ou 42 ans.
Elle s’appelle Meriem, Oumou, Victorine ou Gloria.
Elle attend son premier enfant ou elle en a d’autres au pays dont elle n’a aucune nouvelle depuis qu’elle est partie.

Elle a un mari,un copain disparu dans la nature à l’annonce de la grossesse ou un souteneur qui décide soudain de se débarrasser d’un outil devenu inutile.
Elle vient d’Afrique, de Syrie, du Brésil ou d’Albanie.
Non contente d’être sans papiers, sans couverture sociale et sans hébergement, elle se paye le luxe d’être enceinte et de garder cet enfant malvenu dans sa situation.
Sans vergogne elle squatte nos rues nos stations de métro, nos terrains vagues ou nos hôtels louches pour y dormir.
Elle profite sournoisement de nos poubelles et de nos rebuts pour se nourrir et se vêtir.
Elle a marché pendant des jours, pris un bateau surchargé ou un avion low-cost avec pour unique projet de bénéficier des largesses que dans notre grande bonté nous accordons à foison.
Au début tout allait bien.la sage-femme de PMI s’est démenée pour qu’elle ait un suivi comme toutes les autres femmes enceintes grâce au budget départemental qui permet de prendre en charge ses factures. De bric et de broc la vaillante sage-femme a même réussi à lui fournir vitamines et autres médicaments en rançonnant les visiteurs médicaux qu’elle n’accepte de recevoir qu’à cet usage. La boîte à madeleines s’est bien souvent ouverte pour ces patientes qui font rarement plus d’un repas par jour.

Et patatras, voilà que la donzelle a l’outrecuidance de compliquer sa grossesse qui d’un diabète bien sévère qui d’une hypertension rebelle ou d’une menace d’accouchement prématuré. Car bien sûr c’est évident, elle veut profiter encore plus de notre bon cœur.Mauvais plan!!
Alors la comptable sociale (oui, j’appelle ainsi l’assistante sociale) s’affole tout à coup. Elle sort le grand jeu moralisateur car la PMI doit passer la main lorsqu’une pathologie s’installe.Plus de financement possible,c’est à l’état de s’en charger.Retour à la case facturation hospitalière
Alors, Madame il va falloir payer vous, savez.
Meriem, Oumou, Victorine, Gloria vous allez devoir assumer votre choix .Et vous savez ici rien n’est gratuit.bon il y a bien une possibilité ,je crois que ça s’appelle le fonds pour les soins d’urgence mais c’est ouhlala très compliqué.Et on n’est pas sûr que ce soit accordé……..,Ça m’ennuierait que vous receviez les factures dans 2 ou 3 ans,hein;Alors on va dire qu’on ne fait pas la demande,c’est plus prudent pour vous.Et puis la grossesse c’est pas une maladie,d’abord!Qui me prouve que vous êtes en danger vital?Ah le médecin a fait un certificat ? Ben je ne vois pas écrit danger vital là dessus!M’a pas l’air bien convaincant tout ça

Allez,débrouillez vous jusqu’à ce que vous ayez 3 mois de résidence.Promis,je ferai votre dossier AME .En attendant,PAYEZ et au revoir Madame!

C’est sûr que présenté comme ça, ça vous refroidit tout autant que les vagues où vous avez failli vous noyer en venant par chez nous.Quant aux pathologies, elles ne font pas de quartier et ne vous demandent pas si vous êtes éligible quand elle vous tombent dessus .Elle vous prennent votre bébé et vous bousillent la vie sans vous demander vos papiers.Et oui, Madame la comptable sociale, un bébé peut mourir, sa mère peut mourir d’un diabète mal soigné ou d’une hypertension négligée.

Avant de retourner râler en consultation je vous glisse ni vu ni connu le texte de l’assurance maladie concernant le-dit fonds soins urgents.

Des fois que j’aurais mal lu.

LA PROCÉDURE DES SOINS D’URGENTS

Seuls sont pris en charge, les soins urgents dont l’absence entraînerait une atteinte du pronostic vital ou une altération de l’état de santé grave et durable pour la personne ou l’enfant à naître.

Sont également considérés comme relevant des soins urgents :

  • les soins destinés à éviter la propagation d’une pathologie infectieuse transmissible (sida, tuberculose..),
  • les examens de prévention réalisés pendant et après la grossesse et visés aux articles L2122-1 et suivants du Code de santé publique,
  • les soins dispensés à la femme enceinte et au nouveau-né,
  • les interruptions de grossesse pour motif médical,
  • les interruptions volontaires de grossesse.

Le médecin appelé à traiter le patient consigne dans le dossier médical de celui-ci les motifs justifiant le caractère urgent des soins dispensés. Ce dossier devra être présenté, sur demande, au médecin du contrôle médical de la Caisse du lieu d’implantation de l’établissement.

PETIT BONHEUR DU JOUR

Bien bien bien.
Tu es là à te dire que franchement le boulot c’est pas ça.
Les collègues t’ insupportent.
Surtout bizarrement les collègues psychiatro-psychologues -si si- qui te prennent pour leur vaguemestre au mieux,au pire pour leur exécutant des basses-oeuvres quand elles t’enjoignent de prévenir madame Machin que la sortie de la maternité avec le bébé,ça va pas du tout du tout être possible parce qu’elles la jugent incapable de s’occuper dudit-bébé,mais ne veulent pas le lui annoncer elles-mêmes pour ne pas être «un mauvais objet»
Surtout les collègues sages-femmes -eh oui- qui te balancent que tu ne leur sers à rien puisque tu refuses d’assurer les urgences,alors même que dans ton profil de poste c’est écrit noir sur blanc que jamais au grand jamais tu ne dois le faire.
Bon,tu râles,tu boudes.
Tu te dis que tu vas les laisser en plan et aller cultiver ton jardin.
Tu te dis que la retraite c’est une chouette projet,là,tout de suite.Genre maintenant.
Et puis ChefChoupie s’installe à côté de toi au self alors que tu grommèles in petto ta lassitude et ta colère et se lance dans un dithyrambique hommage à tes qualités.Elle te dit même qu’elle se demande comment elle ferait sans toi qui prends de plein fouet tout ce que les autres appellent les «cassosses». De quoi rougir pour le reste de la journée.
Elle ajoute qu’elle espère que tu vas tenir le coup parce que ouhlala c’est terrible tout ce que tu dois voir et que c’est pas normal du tout que tu sois seule à gérer tout ça.

Ton humeur rosit un peu
Et puis un matin,dans le bus,alors que tu te dis qu’il faut encore assurer une journée,la jeune fille assise à tes côtés te dit soudain «Madame,vous me reconnaissez?»
Bien sûr que tu la reconnais,tu as même raconté son histoire ici mavieenrose.org/2013/10/06/cer…
Elle sourit,elle raconte sa vie à la fac et ses projets d’avenir.Elle aussi se souvient de tout,du doudou que tu lui as donné quand elle est partie pour la salle d’opération,des gâteaux que tu lui as glissés ensuite parce que «vraiment j’avais trop faim,madame»
Avant de te quitter,elle t’embrasse pour te dire merci et te souffle à l’oreille que tu es comme sa deuxième mère,que tu ne l’as pas mise au monde,mais que tu lui a ouvert le monde des adultes;et que si elle a un jour une fille,pour sûr elle lui donnera ton prénom.Enfin,en deuxième position.Mais elle ne t’oubliera pas,juré promis craché.
Pour la retraite,c’est loupé.Et les psychomachins n’ont qu’à bien se tenir,ce n’est pas demain la veille qu’elles seront débarrassées de toi!!! C’est pas non plus demain que tu inscriras les patientes au tableau opératoire et que tu planifieras les césariennes!!!

 

Allez,au boulot.

MIGRANTE ? VOUS AVEZ DIT MIGRANTE?

Migrantes
Le jeu dont vous ne souhaiterez pour rien au monde être le héros

Pour jouer vous n’avez besoin d’aucun accessoire.

Ni dé,ni crayon.
Pas de papiers non plus ou alors des faux .
De toute façon personne ne vous croira.

Commençons.
Vous êtes une femme.Enceinte. Pas le choix.

Si vous êtes un homme débrouillez vous tout seul,ce jeu n’est pas pour vous;vous n’avez pas les autorisations nécessaires pour participer.

Si vous n’êtes pas enceinte,allez directement dans la rue .Ou en centre de rétention.Allez où vous voulez en fait,ce jeu n’est pas pour vous;vous n’avez pas les autorisations nécessaires pour participer.

Si vous êtes une femme enceinte,répondez aux questions suivantes pour continuer à jouer :
Êtes vous sûre que c’est bien raisonnable un bébé dans votre situation? Une interruption de grossesse ,ça ne serait pas mieux pour vous et ce malheureux que vous allez entraîner dans votre errance ?
Êtes vous sûre de n’avoir aucune preuve de l’histoire que vous nous racontez ? Pas de passeport,pas de visa,nada ,nichts?Comment c’est possible,ça?Sur votre canot pneumatique y avait pas la place pour un passeport?
Êtes vous sûre que vous ne seriez quand même  pas mieux chez vous sous les bombes,voire en prison ou en camp de réfugiés plutôt qu’à dormir dans cette cage d’escalier,sans votre famille  ?
Êtes vous sûre que vous allez supporter de changer d’hébergement tous les quatre matins,sans savoir où vous dormirez le soir ni même si vous serez à l’abri?
Êtes vous sûre de pouvoir sauter deux repas sur trois ? Ou de pouvoir fouiller dans les poubelles quand vraiment votre estomac n’en pourra plus ? Parce que pour manger,va falloir être imaginative,hein Madame!
Êtes vous sûre de supporter les réflexions charitables sur votre mise défraichie,vos vêtements de récup’ et votre mine tristoune ?
Êtes vous sûre de ne pas fondre en larmes quand on vous égrènera les largesses
dont vous êtes censée bénéficier gratuitement grâce à la gentillesse de ceux qui travaillent, eux,et qui n’ont pas le quart de ce que vous leur arrachez sournoisement ?
D’abord êtes vous bien sûre de comprendre tout ce qu’on vous dit? Avec vous on ne sait jamais,hein ? Vous dites oui oui , mais vous ne faites pas d’effort pour parler !

Si vous avez répondu oui à TOUTES les questions vous avez le droit d’avancer en case 115.
Sinon, vous ne pouvez pas participer au jeu de la migrante.

Repartez sur votre canot pneumatique et refaites un tour pour rien.

Retentez votre chance ailleurs.

Arrivée en case 115,recommencez et recommencez encore.On est pas pressés,nous.Avec un peu de chance vous irez accoucher dans un autre hôpital.

Ou mieux dans un autre pays.Les voyages ça forme les migrants aussi.

Allez,bien le bonjour chez vous,sans rancune,hein !

TCHOUTCHANGPOTCHE

Tchoutchangpotché entre dignement dans mon bureau entre Papa et Maman .
Il s’assied, sérieux et concentré.
Sage comme une image.
Tchoutchangpotché est toujours sérieux,toujours sage.
Il ne sourit même pas quand je m’escrime à prononcer son nom.De travers bien sûr.Mon tibétain est de niveau débutant pas doué.
Tchoutchangpotché ne parle pas beaucoup.L’interprète qui les a accompagnés la première fois m’a confié que Tchoutchangpotché est devenu bien silencieux depuis qu’il a quitté son infini de ciel et de nuages,là bas loin à l’est.
Il ne parle plus beaucoup,juste un peu avec Papa et Maman depuis qu’ils ont laissé derrière eux la ferme et les chèvres pashmina des grands parents.
Les pas d’exil les ont conduits dans une banlieue triste et sale,pas bien accueillante.
Tchoutchangpotché me regarde avec méfiance.Mais je suis une vieille sorcière gentille,j’ai toujours sur mon bureau une boîte pleine de friandises pour les petits Tchoutchangpotché tristes.
La première fois,j’ai poussé la boîte ouverte doucement et j’ai dit:
« Prends un biscuit,Tchoutchangpotché.»
Papa et Maman ont ri parce que vraiment je prononce très mal.Maman a pris un biscuit qu’elle a tendu à un Tchoutchangpotché impassible.
J’aime bien le mot biscuit, quand on le prononce on voit la pâte dorer dans le four.
On entend plein de petits bruits sucrés et odorants.
Aux rendez-vous suivants, Tchoutchangpotché s’est enhardi.Il a pris lui-même le biscuit dans la boîte.Papa et maman ont dit merci, Tchoutchangpotché s’est contenté d’un regard noir dans ma direction.
Aujourd’hui, j’ai oublié d’ouvrir la boîte.
Tchoutchangpotché est assis bien raide sur la chaise moche de mon bureau.Il me foudroie de ses yeux de petit garçon gourmand.
Papa et Maman ont parlé du bébé qui arrive bientôt.Maman est inquiète,pour Tchoutchangpotché elle a accouché dans la maison bleue et rouge des ses parents,au milieu des douces pashminas.
Elle sait qu’ici ce sera différent.
Nous sommes absorbés,j’essaie de la rassurer au mieux avec le peu de français qu’elle comprend.Papa se débrouille mieux et traduit d’une voix douce.
Tchoutchangpotché se tortille sur la chaise,je le vois du coin de l’oeil qui grimace et s’agite.
Tout à coup,une petite voix très décidée s’élève
« BISCUIT »
Papa,Maman et moi on se regarde en riant.
Papa me confie d’un air entendu :
« Tchoutchangpotché français apprend ! »

Un petit biscuit tout moelleux, un moment de joie légère et tendre

TOUT EST PERDU FORS LE DOSSIER

Vous avez remarqué ??
Je suis retournée à l’hôpitaaaaal,cette fabuleuse MaisonQuiRendFou !
Je mène désormais une vie d’étoile de mère (pardon,c’est trop tentant) ballotée par les marées administratives dans les abysses (niveau moins un,quand même) de la maternité de MaxiVille,entre les bas-fonds PourLePipiCEstParLà et les récifs MonBureauEstToutPetitEtSansFenêtre.
J’ai redécouvert les longs moments d’attente hospitaliers qui s’étirent de la CaisseDesAdmissionsQuiOuvreAprèsLeDébutDesRendezVous, provoquant un goulot d’étranglement pour tous les petits poissons consultants contraints de s’agglutiner autour du distributeur de tickets magiques , et la magnifique salle d’attente aux peintures rupestres d’époque pré-AssistancePublique.C’est bien simple, même les chaises ont cette délicate patine propre aux vestiges des civilisations disparues. Inébranlables dans leur laideur de mobilier public elles remplissent parfaitement leur rôle : rendre l’attente longue et inconfortable.Leur couleur mochasse entre marron déprimé et chocolat périmé absorbe même le peu de lumière naturelle d’un puits de clarté fatigué par les sédiments qui l’obscurcissent d’année en année.
Bref,c’est à peu près aussi coquet et guilleret qu’un poste de commandement de sous-marin en pleine guerre froide.
Les blouses s’agitent en tous sens, passant et repassant au gré d’activités mystérieuses pour les profanes échoués sur le pourtour de la salle (oui, le courant a repoussé tous les galets chaises le long des murs ) . Les petits poissons somnolent les oreilles aux aguets pour ne pas louper le bienheureux moment où leur nom écorché retentira .Chaque blouse qui passe fait luire leurs yeux d’un espoir insensé,ils frétillent sur l’assise raide et hostile:c’est leur tour !!! Mais non,la blouse s’éloigne .Les épaules retombent,le regard se fait à nouveau lointain, l’attente reprend….. Les petits poissons sont patients.
J’ai aussi redécouvert l’artéfact qui seul fait exister les petits poissons, le grimoire magique qui les empêche d’être tout à fait transparents :LE DOSSIER .Avec lui,ils sont juste translucides,laissant filtrer un peu de leur vie sitôt oubliée par les blouses blanches.Le dossier qui s’épaissit au gré des mésaventures des petits poissons, gros dossiers bouffis de pathologies sinistres ou petits cahiers proprets de grossesse tranquille, ils sont l’alpha et l’oméga , l’indispensable sésame sans lequel les petits poissons ne sont rien.
Certes sur mon rocher bigornesque de PMI, je rédigeais moi aussi mes petits compte-rendus de grossesse,légers, ,succincts ,réduits à l’essentiel.

Mais le dossier exige son content de notes diverses, son catalogue exhaustif, ses actes et minutes d’une précision tatillonne .Tout doit être traçable,identifiable,mesurable.La crainte des procédures embusquées dans les hauts-fonds judiciaires sévit chez les blouses blanches

Les scribes scrupuleux s’exécutent,notant tout et rien,griffonnant ça et là au gré des révélations des petits poissons des NotesDeBasDePage qui me font quelquefois hérisser les écailles !
Patiente prostituée
Mari en prison
Patiente schizophrène
Patiente sans papiers
Patiente constipée,conseils d’usage .
SI, SI C’EST ÉCRIT.

Si les petits poissons savaient que la moindre de leurs confidences est là,gravée dans le marbre inaltérable des archives hospitalières !!
Alors souvent je risque un dossier buissonnier.
J’ellipse,je condense,j’édulcore.
J’imagine alors un Anubis en blouse blanche jugeant chaque page et me tançant sévèrement parce que je n’ai pas assez détaillé la consultation :

Bilan prénatal,bilan prénatal ?? mais qu’est ce que tu lui as prescrit alors??

Échographie,oui,mais quel trimestre???

Problèmes conjugaux,oui mais quels problèmes ? Il la bat?Il la viole???

Elle veut accoucher sous secret mais pourquoi donc????

Il faut ex-pli-ci-ter !!!!

Alors raconte !!!

 

Pfiou,chères patientes,si vous saviez les risques que je prends pour que votre vie ne s’étale pas jusque dans les couloirs de la maternité bien au delà vos neuf mois réglementaires !!

KAJ ZHAS AMEN, ROMALES

Aujourd’hui je suis en colère.
Très en colère.
Encore un peu plus que d’habitude.
Je vais finir par vous lasser, je crains.
Je suis en colère contre une collègue que j’apprécie par ailleurs pour ses qualités professionnelles.
Je suis en colère contre les petites réflexions quotidiennes des équipes, comme ça, mine de rien, contre les patientes trop jeunes,trop vieilles,trop grosses, trop indociles.
Trop voilées.
Trop exotiques.
Trop étrangères.
Bref trop pas comme nous.
En colère contre moi aussi.J’aimerais dire que je suis fidèle à mes quinze ans,fidèle à Papa Plume et à nos indignations contre l’injustice et le mépris.
Mais je relève de moins en moins les vilaines petites phrases qui enlaidissent à pas feutrés les bonnes âmes de maintenant.
Je détourne les yeux quand une collègue monte en décibels sous prétexte que la patiente comprendra bien mieux le français hurlé.
Je me bouche les oreilles quand un « En même temps à quatorze ans,qu’est ce qui la pousse à écarter les jambes comme ça » jaillit dans le dos d’une ado enceinte.
Je relève à peine le sarcasme qui accueille la ribambelle de marmots remorqués dans une inhospitalière salle d’attente par un majestueux boubou, allez encore une qui ne fait des mômes que pour les allocations,alors que la pilule c’est pas fait pour les chiens

Je me lasse.
Je me déçois.

Et puis de temps en temps, quand même je me retrouve.
Comme hier.
Quand l’anesthésiste a refusé de recevoir avec une moue de dégoût une patiente rom arrivée avec une heure de retard .
Sûr que l’odeur des palettes de bois brûlées en chauffage incommode les narines proprettes et diorisées de Miss Chloroforme.

Tant pis pour elle si la police est venue la semaine dernière dans le camp bricbroqué pas trop loin de l’hôpital.
Tant pis pour elle si les caravanes vétustes ont repris la route vers un autre terrain vague à vingt kilomètres de là.
Tant pis pour elle si elle a vaillament marché durant près de trois heures pour honorer ce foutu rendez-vous matinal,si elle a fait la queue pour avoir des étiquettes debout au guichet .
Tant pis tant pis tant pis!Miss Chloroforme en a marre des gens en retard, elle en a sa claque des gens sans sécu qui mangent les bénéfices de l’hôpital avec leurs exigences de vivre comme les honnêtes citoyens respectables.Elle bosse, elle et c’est pas pour des étrangers,surtout ceux-là, qu’elle va bouleverser son planning, et d’abord c’est l’heure de manger.
Pas question de la recevoir,elle n’a qu’à reprendre rendez-vous et être à l’heure cette fois.

J’ai fermé la porte du bureau le plus calmement possible.Même comme ça ,j’ai fait un peu de bruit.
J’ai pris la main de Rahéla qui pleurait – elle s’en fiche bien que je cite son prénom,vu que là-bas dans les montagnes où elle est née,personne ne lui a proposé de venir à l’école.Elle ne sait pas lire de toute façon.
Je ne lui ai pas donné d’autre rendez-vous, je m’en fiche, ils se débrouilleront quand elle accouchera.
J’ai pris mon manuel de roumain,celui qui la fait bien rire quand j’essaie de baragouiner mes laborieuses explications.
On est allées à la cafétéria,elle a goûté à plein de choses en riant comme une petite fille.
On a nommé tout ce qu’on voyait chacune dans notre langue.
En vrai, elle a seize ans, elle est belle comme Esméralda la gitane, comme Carmen la cigarière.
Elle m’a embrassée et elle est repartie en agitant la main vers son misérable chez-elle.
Derrière elle j’ai fait le signe de protection que m’avait appris il y a longtemps un garnement tsigane.,

En passant devant le bureau de l’anesthésiste,je me suis retenue de faire le mauvais sort.Des fois que ça marcherait.mais j’ai dû résister,ah oui.