Le Bon Dieu et moi

Automne 2015 .Consultation PMI à GrandeMaterNiveau3

Je pmi-se doucettement dans mon petit bureau proche pipirum (si, si, quand la porte est ouverte j’ai une vue imprenable sur les toilettes et je peux vous dire qui se lave les mains….).

J’ai pris mes marques. M’a bien fallu un an pour faire mon trou de sage-femme spéciale précarité et migrants sans papiers, mais bon les collègues ne me regardent plus comme une pièce rapportée inutile. De temps en temps elles commencent à venir dans mon cagibi parler de telle ou telle patiente qui les inquiète.

Ça roule …

Ce matin grande effervescence à l’accueil de consultation, là où toute future candidate au grand loto des inscriptions doit montrer patte blanche avant d’accéder au nirvana des élues dignes d’accoucher ici… A savoir entre autre un justificatif de domicile dans le secteur de GrandeMater (ben oui, c’est sectorisé comme pour les écoles). Mais là damned, ce sont des gens du voyage. Et l’agent d’accueil refuse le carnet de circulation comme justificatif. Ça râle, ça s’énerve dans les 2 camps

L’agent tient ses positions comme si les tartares l’assiégeaient, allant jusqu’à leur intimer d’aller s’inscrire ailleurs. Les candidats à l’inscription se désolent haut et fort. Si bien que l’affaire monte jusqu’à mon auguste personne, portée par l’avocat de la défense ( en l’occurrence une des adorables aides-soignantes de la consultation.

J’ai un petit quota d’inscriptions dont je dispose à ma guise. Dont acte. Voilà nos forains inscrits. Le suivi débute dans la foulée. Dossier, consultation… Nous faisons connaissance. La nostalgie me prend de mon secteur « à caravanes » , des familles de « gitans » et « manouches » que j’ai connues à mes débuts en PMI . Nous papotons , je plaisante avec précautions en leur parlant des mes aventures avec R.

Au fil des consultations je retrouve quelques mots familiers lorsqu’ils parlent entre eux, ma prononciation les fait hurler de rire. Ils attendent une demoiselle après 5 garçons, c’est presque magique lorsque nous parlons d’ELLE de voir briller les yeux du futur père. Lors de notre dernière rencontre , à 36 semaines de grossesse, il me lance un défi : Sûr que vous ne devinerez pas le nom de ma Princesse (oui, il y a une majuscule dans sa voix)

Il y un prénom qui me fascine depuis longtemps… Montserrat… Sans réfléchir c’est celui que je cite…Il frappe soudain la table du plat de la main, saisit la mienne et l’embrasse… Je dois avoir l’air d’une carpe hors de l’eau… Fin de consultation, je suis une sage-femme abasourdie .

En sortant sa femme me glisse : Tu parleras de ma fille au Bon Dieu, dis ??

Double salto de neurones , je trouve mes esprits pour lui demander pourquoi .

Parce qu’il n’y a que lui et nous qui connaissions le prénom de ma fille….Et toi..

J’en suis restée baba, mais je pense quelquefois à la petite Montserrat qui est arrivée quelques jours plus tard. C’est comme si je parlais d’elle au BonDieu

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