TRANSMISSION

Quelquefois ,en désespoir de cause, parce le désarroi d’une patiente vous tord les neurones et l’empathie,vous improvisez un replâtrage technique au mépris de toute logique.Juste sous la bonne étoile de votre imagination dévouée et de vos doigts croisés fébrilement ,

Souvent vous touchez le fond de la piscine obstétricale après un magnifique plat.

Et quelquefois le miracle a lieu.

Or donc,il m’advint d’être mandatée un beau jour par le grand chef de MégaVille aux fins de surveillance de grossesse gémellaire un poil pathologique – la dénommée J1 ayant opté pour un retard de croissance des plus préoccupants tandis que Miss J2 se la coulait plutôt dodue.

Future mère chirurgien,futur père architecte mondain.

Premier enfant bénéficiant des soins attentifs d’une gouvernante.Parfaitement,une gouvernante…

Ravissant 8 pièces dans un coin chic de mon secteur.Le rêve pour une sage-femme PMI plutôt habituée aux exubérances d’une Mauricette des faubourgs qu’aux discours distingués d’une émigrée syrienne de la grande bourgeoisie.

Mais comme aurait dit Mauricette,même les riches peuvent connaître la misère,en l’occurrence le refus obstiné de Dame Nature de permettre l’arrivée spontanée de rejeton.Donc PMA, don d’ovocytes ,bricolage médical et deux promesses de berceau plein

Deux fois par semaine,papotage autour du thé préparé par l’employée de maison tandis que le brave monitoring de banlieue rythme la surveillance.Forcément,ça crée des liens différents de ce qui se joue en consultation…

La sage-femme finit par faire un peu partie de la vie feutrée de la maison,puis un peu confidente des inquiétudes de la future mère.

Ce jour là, une question la taraude : comment ces ovocytes qui ne sont pas les siens vont-ils donner des enfants à qui elle pourra transmettre ses racines ?? Elle se laisse dériver dans d’angoissantes questions qui la font cauchemarder.Bien évidemment je suis dépassée.J’essaie de ramer à contre-courant,j’essaie de la convaincre de faire appel aux compétences des pédopsychiatres de GrandeMater.

Elle refuse,elle se braque.

Tout à trac je lui propose de chanter pour ses bébés,de chanter en arabe les berceuses que lui chantait sa mère et sa grand-mère.

Elle veut bien

Nous finirons la surveillance de cette façon.

Elle,envahie de ses doutes mais chantant à cœur perdu.

Moi inquiète mais totalement désarmée.

Elle n’a jamais reparlé de ses doutes.

Deux petites choupinettes finissent pour pointer le museau. En pleine forme .Deux mois après la naissance je suis invitée à faire la connaissance de J1 et J2 autour d’un thé bien sûr.J’ai à peine posé mon manteau qu’elle me dit

« Il faut que je vous montre quelque chose.Venez ,venez »

J1 et J2 sont en plein sommeil quand nous entrons.Doucement elle entame une berceuse,puis une autre.Les pitchounettes se réveillent au son de sa voix et ouvrent de grands yeux sombres.

Leur mère me regarde et me dit « Ce sont mes filles maintenant.Elles connaissent déjà la langue et les berceuses de mon enfance.Vous m’avez permis de les adopter.Merci »

7 réflexions au sujet de « TRANSMISSION »

  1. Akä

    Parfois les inspirations sont lumineuses…
    Cela me fait penser à ce merveilleux bouquin d’une femme extraordinaire, annick Simon ( »la psy qui murmurait à l’oreille des bébés »), qui regorge d’histoires de son travail en néonat’ où tout a coup une place s’est faite pour la lumière…

    Répondre

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