IL ETAIT UNE FOIS

Allez,puisque vous avez été bien sages,je vais vous raconter une histoire.Et pour une fois c’est une histoire toute récente,même encore en cours.

Asseyez vous et ouvrez grand vos oreilles.

Il était une fois dans un pays lointain,disons dans les 6000 kilomètres au Sud grand Sud de MégaVille une petite orpheline que sa grand-mère élevait avec soin et amour.

Souvent pour endormir la Petite,Mémé lui racontait comment sa mère était belle et gentille.Et comment elle avait fait un beau mariage avec un jeune homme bien fait de sa personne et fortuné.Si fortuné qu’il l’avait emmenée au pays de France pour qu’elle ait une vie douce et tranquille.Quand la Petite demandait pourquoi sa maman ne venait jamais la voir,Mémé pleurait doucement et disait que les morts n’élèvent pas les vivants .La Petite ne posait plus de questions pour ne pas faire pleurer Mémé.

Dans ce pays-là,pour être une bonne fille à marier,il n’y avait pas le choix.Il fallait passer entre les mains des exciseuses.Mémé avait bien essayé de temporiser,parce qu’elle savait quelle épreuve c’était.Mais au final la Petite était passée quand même sous le couteau.Oublions ce souvenir et réjouissons nous.La Petite était bien dotée,ma foi fort jolie et les prétendants ne manquaient pas.Il y eut un beau mariage et la Petite devint la Grande,promise à un avenir très doux et joyeux.

Une Petite naquit,puis une deuxième.A la troisième Petite,le mari décida que la Grande n’était boone à rien puisqu’elle ne faisait que des filles .Il la chassa mais garda et les filles et la dot pour la déconvenue qu’il avait subie.

La Grande n’eut d’autre choix que de retourner chez Mémé.Mais sa cote s’était dépréciée,une seconde main incapable d’engendrer des enfants mâles.Mémé prit les choses(et son bas de laine) en main,fourra dans le sac de la Grande quelques vêtements et son pécule.elle lui enjoignit en sanglotant de quitter ce pays où elle n’aurait plus d’avenir et de partir pour le pays de France .

La Grande obéit.Elle prit la route .

A pieds en bus en voiture au gré des rencontres elle chemina droit devant elle vers le Nord.Par chance elle ne fit aucune mauvaise rencontre dans tous les pays qu’elle traversa.Elle travailla à droite à gauche pour ne pas trop épuiser les sous de Mémé.Vaille que vaille elle arriva au Maroc où elle travailla dans les champs pour survivre.Un jeune homme l’aida,il lui plut.Je vous laisse deviner la suite.Mais la Grande tenait à son idée,elle tenait à pouvoir fièrement un jour téléphoner à Mémé qu’elle était enfin en France.

Elle acheta avec quelques autres femmes un canot pneumatique sur lequel elles embarquèrent une nuit.Huit partirent,six au petit matin arrivèrent sur les côtes d’Espagne.On les recueillit,on les réchauffa .On les oublia dans un camp de réfugiés.

La Grande décida de continuer vers la France  avec pour tout viatique une adresse griffonnée sur un bout de papier par une compagne de galère.Elle travailla à nouveau dans les champs pour se payer un billet d’autocar.Bien sûr,ça lui prit du temps.Juste assez de temps en fait pour que son ventre s’arrondisse et qu’elle se dise que peut-être,un petit passager l’accompagnait sur la route depuis un moment.

Quand j’ai fait la connaissance de la Grande,elle était enceinte de 7 mois.Son périple l’avait conduite dans une gare proche de l’hôpital.Avec serré contre elle un petit sac qui contenait tout ce qu’elle avait pu garder jusque là.

Un pull,un pantalon.

Des ballerines élimées.

Un porte -monnaie avec ses derniers billets.

Son billet d’autocar.

Rien d’autre.

Elle est restée 3 jours dans ce lit d’hôpital.Je l’ai apprivoisée à coups de dentifrice et de gel-douche (merci Quitterie).J’ai rempli une valise de vêtements pour elle et son bébé(merci Claire)J’ai écouté son histoire et ameuté assistante sociale et psychologue le temps d’organiser un début de prise en charge administrative.

Tout s’éclaire doucement.Elle accouche la semaine prochaine.

C’est un garçon,Mémé mise au courant est aux anges .

J’ai racheté des madeleines et du thé, parce qu’elle vient toutes les semaines prendre un petit goûter et dévoiler sa vie.

Quelquefois mes histoires sont comme les giboulées d’hier.On rit et on pleure en même temps

5 réflexions au sujet de « IL ETAIT UNE FOIS »

  1. ducruet

    Quelle belle histoire !
    Pour une fois que Madame Poisse et/ou Idéesreçues ne s’en ai pas mélée :-)
    Mais si on regarde bien, l’ensemble est un peu triste ! Fichu monde de macho !

    Merci à toi pour ces beaux récits qui donnent envie d’être sage-femme ou tout simplement humaine :-)

    Répondre

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