LE TESTAMENT DE WATSON

Holmes me faisait justement remarquer la semaine dernière que je n’étais pas très bavarde depuis un moment.

Oooh de temps à autre une idée de billet voltige bien quelque peu dans ma tête,petit frisson fantôme vite dissipé .

L’histoire de Mariamou? Celle d’ Urielle ? Les larmes de Karimatou ou les sanglots de Shérazade?

Le calvaire de Gloria ou de Bridget dans les prisons si loin?

Le désarroi de Sory,les angoisses de Jade..

Je construis le récit,je rédige ..J’entends  Holmes me dire tout à trac: ma chère Watson,vous avez déjà dix billets au moins avec la même histoire,les mêmes doutes….

Alors je laisse un instant flotter dans mon cerveau les bribes d’un billet mort-né,je le laisse rejoindre les dix autres dont il est l’alter ego.

Ces billets qui me rappelle à quel point l’humanité est menacée en chacun de nous.

Holmes a raison,je n’écris plus parce que j’ai déjà tout écrit sur la misère qui grandit dans notre société si égoïste,si fière de son indifférence .

Holmes a raison,je vous ennuierais avec tout cela.La faim ,la peur, la honte,le désespoir,je les côtoie tous les jours.

Pas besoin d’aller très loin,chaque jour ils s’invitent dans mon bureau.Chaque jour je désespère un peu plus des réactions haineuses et méprisantes des bien-pensants qui n’ont ni faim,ni froid.

Des collègues pour lesquels le sommet de l’angoisse c’est de savoir où organiser les prochaines vacances,hôtel ou croisière.

Des bons apôtres qui me regardent froidement en pensant que je suis bien naïve de croire tous ces récits.

Des soignants qui balaient mes scrupules d’un sec »Si son bébé meurt ça sera la faute du système,pas la nôtre »

Relisez mes billets,mélangez les noms,les lieux les dates.Les souffrances sont les mêmes,le désespoir n’a pas de nationalité

Alors Watson va se taire pour un moment.Je vais plutôt penser à Papa Plume qui a choisi de partir avec Maman Plume,parce que ce monde qu’à  nos 17 ans nous avions rêvé libre et fraternel a tout de l’enfer en devenir.

il est temps de pousser la porte du Café des amis,venez,je vous y attends à côté du babyfoot.C’est ma tournée

 

 

21 réflexions au sujet de « LE TESTAMENT DE WATSON »

  1. perrucheG

    Je cotoye maintenant de près cet univers que tu dépeins si bien. Nos si maigres ressources pour aider. Alors quand en plus la mauvaise volonté s’en mêle, je comprends tant ton amertume…
    En tout cas je suis admirative de ton implication, de ta sensibilité, et de toute cette aide que tu apportes jour après jour à ces gens qui en ont tellement besoin. Tu es une belle personne. Pense toutefois à te protéger, hein! Je t’embrasse. (Merci aussi tellement pour ta bienveillante présence sur twitter <3)

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  2. faribole

    Ouch… Mon soutien virtuel mais sincère…
    Puisque tu côtoies, dans ton travail et pas seulement, le plus triste, voici une liste de choses épatantes que tu ne vois que trop peu :
    – une femme (même pas vieille : c’est moi !) qui va devenir mamie (moi !), qui contemple émerveillée son grand bébé de 22 ans devenir tranquillement un papa, au bras de sa chérie toute ronde…
    – des petites filles qui préparent un spectacle de danse avec toute la grâce, l’énergie, la spontanéité qu’on a à 8 ans
    – des ados qui avancent en âge sans péter trop de câbles, enfin des pas trop gros, qui continuent à échanger avec leurs parents,
    -des instits tellement concernées que c’est doublement un plaisir de leur laisser ses mômes
    – des artistes engagés qui ne comprennent pas qu’on les remercie, tant ils trouvent leur métier formidable, et préfèrent remercier les spectateurs,
    – et enfin la charcutière rose bonbon à tête de cochon, qui m’a encore offert du saucisson !

    Blague à part, tout est vrai, j’ai vu tout ça ces derniers jours. Hug.

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  3. 10lunes

    Tout a été déjà dit, écrit. Tous les combats se nourrissent des mots qui les ont accompagné. C’est parce que nous croyons encore (naïvement ?) que ces mots peuvent quelque chose que nous continuons à les poser sur un papier ou un écran.
    Alors oui les vies que tu racontes ici s’entremêlent ; indifférence et injustice se répètent à l’infini.
    Et tel Sisyphe, chaque jour il te faut recommencer à combattre.
    Mais Jade, Mariamou ou Shéhérazade sont uniques et leurs histoires aussi.
    En témoigner reste essentiel.

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    1. OrCrawn

      Je crois que c’est presque ce qui m’empêche (nous empêche ?) d’écrire en ce moment.

      Je suis triste que ce blog s’arrête parce que j’aime beaucoup ce que tu écris, mais on ne peut pas forcer les gens à écrire hein ?
      Je suis heureux parce que grâce à ce blog, j’ai pu rencontrer une sage-femme formidable, et je sais que quelque soit la suite de tes aventures bloguesques nous continuerons à boire des bières de temps à autre !

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    1. reinemere Auteur de l’article

      Plume n’était plus un bébé,et elle s’est transformée en ange il y a 2 ans,laissant Maman plume inconsolable et perdue dans ses souvenirs,hélas

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  4. Noëlle Camus

    Merci pour ces billets qui ont si souvent fait écho à ma pratique quotidienne résonnant en moi comme une petite voix qui mettait en mots mes ressentis.
    Moi que la technologie effraie et que l’ordinateur fait fuir…je me suis laissée apprivoiser par ce blog comme le renard par le Petit Prince…
    Je perçois dans ce dernier billet tristesse et lassitude…et c’est bien légitime.
    Courage !
    Quel incroyable privilège d’être comme nous le sommes bombardées au coeur de la vie des gens dans des moments pareils !
    Mon bébé Plume roule vers ses 20 ans. Papa Plume est toujours là.
    Gracias a la Vida !

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  5. Lola

    Je reviens régulièrement sur votre blog…
    si vous vous arrêtez, c’est triste pour vos lecteurs, mais je compatis sincèrement à votre lassitude (. Et une très grosse pensée pour Papa Plume et Maman Plume, dont l’un de vos derniers billets avaient laissé entrevoir cette issue.

    Petite note plus gai pour vous dire au revoir: ma Nim Rose est née le 20 mars, premier jour du printemps. Bonne continuation à vous !

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  6. virginie

    N’arrêtez pas s’ il vous plaît. J’ai lu et relu et rerelu vos mots, toutes ces histoires …
    Savoir qu’il y a aussi des personnes comme vous du « bon côté » du bureau, ça fait du bien .
    Vous écrivez les femmes avec talent; douceur, humanité et respect.. Vous nous apprenez la vie.
    Merci pour elles, eux et nous.
    Je vous trouve formidable.
    Papa plume devra encore attendre non mais !
    Merci du fond du coeur.

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  7. Emilie

    Je suis triste d’apprendre que vous arrêtez d’écrire ,mais je comprend cette envie de passer à autre chose.Toutefois,je vous adresse 1000 merci car vous lire à contribuer a faire de moi la soignante que je suis.J’ai découvert votre blog a un moment ou je n’étais plus très sûre de vouloir être infirmière.Je vous ai lu régulièrement,tout au long de mon chemin de réflexion et cela m’a permis d’en arriver la où j’en suis:les gens lumineux comme vous sont tellement rares qu’ils ne peuvent pas tout faire tous seuls….il en faut d’autres pour les aider un peu…..et je veux faire partie de ceux là.
    Bonne route,et prenez soins de vous.

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  8. Veronique

    Bonjour,
    Je suis triste de ne plus vous lire. J’apprécie votre regard de soignant, engagé, bienveillant, attentif.
    Voici une video que j’ai vue aujourd’hui et je fais le rapprochement avec vous.
    https://www.youtube.com/watch?v=mEkhleRmkcw
    Quatre minutes dans les yeux d’un réfugié.

    Vous êtes ce regard qui permet aux plus désespérés de se sentir unique, vivant, considéré.

    Bonne retraite chez Watson !

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  9. Delphine

    Je reste sans voix. C’est triste, digne d’un roman a vous faire pleurer doucement le soir dans votre lit. Je reste abasourdi par votre histoire, essayant de prendre un peu de votre peine. Vous allez me manquez, belle femme, belle sage-femme que vous êtes. J’aurais même espérer vous rencontrer un jour. Je pense très très fort à vous, je suis triste avec vous même si c’est si peu à coté de ce que vous devez ressentir. Vos écrits, vos histoires si bien racontées vont me manquer. J’aurait tellement aimé qu’elles soient juste des histoires inventées, sur lesquelles on ferme la page doucement dans son lit.

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