Archives mensuelles : février 2016

PETIT BONHEUR DU JOUR

Bien bien bien.
Tu es là à te dire que franchement le boulot c’est pas ça.
Les collègues t’ insupportent.
Surtout bizarrement les collègues psychiatro-psychologues -si si- qui te prennent pour leur vaguemestre au mieux,au pire pour leur exécutant des basses-oeuvres quand elles t’enjoignent de prévenir madame Machin que la sortie de la maternité avec le bébé,ça va pas du tout du tout être possible parce qu’elles la jugent incapable de s’occuper dudit-bébé,mais ne veulent pas le lui annoncer elles-mêmes pour ne pas être «un mauvais objet»
Surtout les collègues sages-femmes -eh oui- qui te balancent que tu ne leur sers à rien puisque tu refuses d’assurer les urgences,alors même que dans ton profil de poste c’est écrit noir sur blanc que jamais au grand jamais tu ne dois le faire.
Bon,tu râles,tu boudes.
Tu te dis que tu vas les laisser en plan et aller cultiver ton jardin.
Tu te dis que la retraite c’est une chouette projet,là,tout de suite.Genre maintenant.
Et puis ChefChoupie s’installe à côté de toi au self alors que tu grommèles in petto ta lassitude et ta colère et se lance dans un dithyrambique hommage à tes qualités.Elle te dit même qu’elle se demande comment elle ferait sans toi qui prends de plein fouet tout ce que les autres appellent les «cassosses». De quoi rougir pour le reste de la journée.
Elle ajoute qu’elle espère que tu vas tenir le coup parce que ouhlala c’est terrible tout ce que tu dois voir et que c’est pas normal du tout que tu sois seule à gérer tout ça.

Ton humeur rosit un peu
Et puis un matin,dans le bus,alors que tu te dis qu’il faut encore assurer une journée,la jeune fille assise à tes côtés te dit soudain «Madame,vous me reconnaissez?»
Bien sûr que tu la reconnais,tu as même raconté son histoire ici mavieenrose.org/2013/10/06/cer…
Elle sourit,elle raconte sa vie à la fac et ses projets d’avenir.Elle aussi se souvient de tout,du doudou que tu lui as donné quand elle est partie pour la salle d’opération,des gâteaux que tu lui as glissés ensuite parce que «vraiment j’avais trop faim,madame»
Avant de te quitter,elle t’embrasse pour te dire merci et te souffle à l’oreille que tu es comme sa deuxième mère,que tu ne l’as pas mise au monde,mais que tu lui a ouvert le monde des adultes;et que si elle a un jour une fille,pour sûr elle lui donnera ton prénom.Enfin,en deuxième position.Mais elle ne t’oubliera pas,juré promis craché.
Pour la retraite,c’est loupé.Et les psychomachins n’ont qu’à bien se tenir,ce n’est pas demain la veille qu’elles seront débarrassées de toi!!! C’est pas non plus demain que tu inscriras les patientes au tableau opératoire et que tu planifieras les césariennes!!!

 

Allez,au boulot.