Archives mensuelles : novembre 2014

LE SOUFFLE

Certains sont pleins de bonne volonté mais pas vraiment à l’aise avec les « femmes en couches » ,tu sais !
Certains sont juste maladroits et pas très doués, flûte j’ai fait tomber ma reverdin, tu m’en files une autre,steuplé ?
Certains sont fatigués, énervés, débordés, pourquoi tu m’appelles si elle est pas à complète ?
C’est pas grave, vous rassure la patiente quand Monsieur a fini son tour de rage . Faut bien qu’ils apprennent eux aussi, les internes !
Et puis un jour vous dénichez la perle rare.

Celui qui sait tout sur tout, le major de promo en personne .
Celui qui manie forceps et paire de ciseaux comme un Zeus olympien ses éclairs.
Celui qui vous scotche au pilori pendant un staff parce que comment, si tu avais lu la dernière étude de Blablatruc sur l’accouchement par le siège tu saurais que c’est hyper-dangereux, la voie basse !
Celui que le patron encense et qui est aussi indispensable à la salle de travail que le piment l’est au chili.
Bref, celui que tout le monde admire, mais que vous, vous adorez haïr.

Un jour cependant,l’idole tombe de son piédestal,
Il sort comme une fusée d’une salle d’examen en râlant parce que la patiente étrangère ne comprend rien à son espagnol pourtant parfait.
Là vous vous apercevez en un instant que par chance, le couloir est bondé, que le chef est à portée d’oreilles.
Vous vous laissez dominer par vos vilaines envies de vengeance et vous affirmez d’un ton sans réplique, assez fort pour que toute la maternité soit au courant, que c’est pas étonnant, vu que la patiente en question est brésilienne et que suivant la dernière étude de Blablatruc sur l’Amérique du Sud et ses particularités, aux dernières nouvelles au Brésil, on parle plutôt portugais.
Et vous laissez retomber le soufflé,

PMI OR NOT PMI ????

Eh bien Watson,il me semble que vous ne me donnez guère de nouvelles ces temps-ci ?

Voilà, voilà .
Je suis de retour dans les entrailles de la bête,dans la géhenne de l’hôpital et ses limbes que sont les consultations de maternité.
Pfiou, j’avais oublié à quel point les patientes méritaient leur nom dans ce no man’s land de l’accueil,
Non que le personnel démérite le moins du monde aux yeux de quiconque !
Tous et toutes s’agitent de leur mieux pour donner un semblant de bienveillance et de chaleur humaine , mais le temps manque pour s’asseoir tout simplement à côté d’une jeune femme un peu perdue,juste pour la rassurer tandis qu’elle appréhende l’oukase qui va la jeter dans les filets de la Grossesse à Haut Risque.
C’est le royaume feutré de l’attente impuissante , du pesant anonymat qui vous réduit à un gros dossier semblable à des dizaines d’autres dont vous supputez à leur embonpoint la place dans l’échelle du  « Madame,il y a un souci ».

Je déprime,mon cher,je déprime. Cet endroit est horrible.

C’est l’apanage de la routine qui vous fait arriver bien à l’heure,déposer à votre tour votre petit flacon pipi étiqueté version code-barre pour que le grand flachouilleur hospitalier ne s’emmêle pas les lasers en vous identifiant ,
Vous attendez qu’on vous appelle, vous attendez qu’on vous pèse,vous attendez qu’on vous branche à l’appareil qui annonce vos chiffres de tension à la cantonade.
Vous attendez encore qu’une blouse blanche ou rose vous appelle pour 10 minutes  de consultation où vous avez à peine le temps de réfléchir aux questions que vous aimeriez poser que vous voilà déjà en possession de vos ordonnances réduites à des cases de QCM, de votre liste de rendez-vous pour le mois prochain,et bon vent….Au revoir,Madame.

Mon dieu,mon dieu,que suis je donc venue faire dans cette galère, petite sage-femme de PMI, avec mes 30 minutes minimum d’entretien, moi qui connaissais le prénom de toutes mes patientes !!!
Au secours,rendez-moi mes fous-rires avec Mauricette et son petit russe ,mes yeux soudain troublés avec Meriem qui pleure un bébé disparu.

Revenez,Fatou et Mariamou,avec vos entêtements à m’apprendre comment claquer de  la langue,
Je veux repartir dans ma petite consultation,je me suis trompéééée, je veux repartiiiir…..

Et puis la porte du bureau s’entrouvre,
« Dis,tu peux réexpliquer à ma patiente pour la péridurale ? Je sens qu’elle a besoin de plus de temps »me glisse l’anesthésiste,
Une blouse rose à son tour :
« Est-ce que tu peux voir la 121,elle vient d’être transférée à 26 semaines pour menace d’accouchement ,elle pleure depuis que les ambulanciers l’ont amenée»
« Je viens de recevoir un drôle de couple, j’ai une sensation de malaise qui ne me quitte pas . J’aimerais bien ton avis ? »
Une petite visite d’une blouse blanche pressée :
« Une gémellaire isolée de 18 ans bientôt à la rue,c’est dans tes critères ??? »

Allons,ils ont peu de temps, ils sont débordés, mais ils demeurent attentifs et bienveillants,
J’y retourne, Sherlock,j’y retourne, je peux encore servir à quelque chose .

Faites donc , Watson.Nous nous verrons plus tard