MON MANUEL DE GUERILLA ET MOI

Un jour,dans ma librairie Prochel’HôpitalGrandeMater, j’ai trouvé un drôle de bouquin.
En anglais, »Nursing in maternity hospital »
Une rencontre impossible entre une vieille mochasse couverture cartonnée d’un révulsant jaune moutarde – allusion finement mystérieuse au pouvoir du cataplasme de cette petite graine ,quel brillant esprit je fais ! ! et une élève sage-femme un peu endormie à sa sortie de garde.
Enfin,il me semble que le titre c’était ça.
Je ne lisais alors pas mieux l’anglais que le jeune Chaussillon de Jacques Bodouin, si, si, celui-là même dont l’interprétation du célèbre « Apples, apples » réjouit l’inspecteur !
Et je le comprenais encore moins.

Mais bon,revenons à nos bouquins ! Enfin, à ce bouquin pas vraiment attirant ,mais qui m’intriguait grandement . «Maternity », un véritable appeau à sage-femme ! Je l’ai acheté, sans réfléchir .
Dans le métro qui me ramenait chez moi, j’ai essayé d’en percer les arcanes. Je me suis endormie,Par chance,j’allais en bout de ligne.
Mon histoire de cœur avec la bientraitance britannique commençait décidément à petits pas !
Je me suis accrochée, page après page, avec pour compagnons de soirée une grammaire anglaise des plus avenantes et un manuel de vocabulaire ad-hoc !
C’était long,et fastidieux, mais je découvrais une autre façon de penser l’obstétrique, loin du tout médical avec lequel je me colletais à chaque garde un peu plus .

Suivi de grossesse à la baguette, mais Madame, si vous ne suivez pas les prescriptions du médecin,c’est grâââââve,voyons! d’ailleurs voici votre ORDONNANCE!

Consultations en 10 minutes montre en main,toutes à poil dans les cabines, pour sortir le plus dignement possible sous l’œil du conseil de guerre au grand complet .

Cours d’accouchement SANS DOULEUR , mais oui, auxquels les patientes se devaient d’être assidues sous peine d’avoir une mauvaise appréciation de leur accoucheur…

Accouchement ligotée sur une p***** de table aussi dure qu’une pierre tombale, avec un ballet de fantômes masqués  et bottés .
Mais quand même, je n’étais pas sûre de bien traduire,c’était tellement loin de ce que j’apprenais dans ma merveilleuse maternité de pointe .J’ai fini par demander l’aide de mon externe préférée,Dès lors, j’ai avancé très vite .
J’ai égaré depuis ce merveilleux viatique,mais j’en ai appris et retenu beaucoup.
La bienveillance, l’autonomie garantie pour les futures mères qui n’étaient pas de simples « patientes », mais des partenaires dans la relation soignant-soigné.

Qu’elles pouvaient être rebelles,opposantes et que c’était leur droit.

Parce que c’était leur grossesse, leur accouchement.
.
J’ai appris à poser des questions utiles,mais respectueuses .
J’ai appris à n’être qu’un interlocuteur discret, patient et surtout j’ai appris à laisser venir doucement la confiance,sans asséner mes propres vérités médicales sans discussion possible .
J’ai appris à utiliser les bons mots ceux qui ne créent ni peur ni incompréhension.
Bien sûr,je ne suis pas la meilleure sage-femme qui soit .
Quelquefois, je suis fatiguée, énervée, je sais que je me force à un rôle qui me pèse.Je ne suis pas une sage-femme « efficace » comme pouvaient me l’enjoindre mes monitrices à l’école.Hop hop hop, Madame faites ce que je vous ordonne et puis c’est tout ! Je SAIS, moi, j’ai ÉTUDIÉ pour ça, moi, Madame !
Mais quand j’ai passé un bon moment à expliquer que tel examen est important,mais non obligatoire,que non,on est pas OBLIGÉE d’accoucher sous péridurale si on n’a pas envie, quand ma patiente me répond qu’elle va réfléchir, je formule un merci muet à ce manuel qui a traversé ma vie au bon moment.

Je suis une vilaine sage-femme, catégorie  rebelle insolente aurait dit la dragonne qui prétendait faire de nous de bonnes praticiennes autoritaires et omniscientes ,de vraies sages-femmes,quoi !

7 réflexions au sujet de « MON MANUEL DE GUERILLA ET MOI »

  1. Anna

    Je t’aime, et j’aime tous ceux qui comme toi ont à cœur la liberté des femmes plus que le pouvoir qu’ils pourraient avoir sur leur corps. Je ne crois pas que j’arriverai un jour à penser sans rage à la manière dont on traite les femmes dans la plupart des maternités françaises.

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    1. reinemere Auteur de l’article

      Oh,je ne dis pas que j’y arrive tous les jours.Quelquefois je n’ai pas envie d’y consacrer mon énergie. Mais vingt fois sur le métier …

      Répondre
  2. Tyyne

    Mais que c’est beau et que c’est vrai!
    Combien de femmes (mes soeurs, amies, copines, collègues de travail…) ont été traumatisées par leur accouchement! Mais combien?
    J’ai eu la chance d’être préparée à mon accouchement par une sage-femme warrior (c’est moi qui l’a qualifie ainsi), que je revois encore aujourd’hui et que j’aime vraiment profondémment. Du coup, j’ai eu la chance d’accoucher dans de bonne smains dans la maternité de Grasse ou les sages-femmes ont été d’une gentillesse et d’un soutien génial! J’ai accouché sur le coté, on a écouté mes souhaits, on m’a laissé faire…
    Quel bel article!
    Et oui, pourquoi faut-il necessairement plus écouter un diplomé en médicine que moi, la maman quand ma fille a un problème? Je demande consiel quand j’ai peur ou quand je ne sais pas, mais si je ne demande rien, je n’ai pas envie qu’on m’ennuie…
    Continuez car vous faites un bine fou aux futures mamans et elle vous le rendront :-)
    Un sorte de petite révolution finalement…

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