Archives mensuelles : juin 2014

LA SOLITUDE DE LA SAGE-FEMME DE FOND

Petite consultation de soirée,version PMI.
C’est à dire qu’il est dans les 19 heures.
Depuis le début de l’après-midi, je caresse des bedons pour décrire comment le piou-piou est installé dans son studio à location limitée, je console des Mauricette éplorées parce que Johnny vient encore de perdre son boulot. Je parlemente avec Cindy parce que cette dixième cigarette quotidienne, elle serait mieux dans le cendrier.
Me reste juste une patiente à voir,Mariamou.Elle vient régulièrement me voir.
Presque tous les deux ans en fait, parce que Monsieur Mariamou est très puissant en amour. Enfin c’est ce qu’elle dit .
Elle a essayé, un petit peu, pour me faire plaisir je crois, un petit bonbon magique qui permettrait à Monsieur Mariamou d’être puissant chaque fois qu’il revient du Pays-de-Mariamou sans risque d’augmenter la famille.encore une fois,
Depuis qu’elle vient me voir, le compteur est à 6.
Elle est magnifique, Mariamou ; toujours vêtue avec soin, parfumée et souriante,

Dans son pays,elle marcherait au soleil en allant au marché, elle s’occuperait des champs et des enfants, en riant avec ses sœurs et ses amies.
Ici, elle marche la nuit dans les couloirs sinistres du métro pour aller faire « le ménaze » dans des bureaux déserts, elle pousse son lourd chariot et vide nos poubelles,
Quand elle entre,elle s’assied toujours avec majesté et me tend l’enveloppe des résultats d’examens prescrits…Ou pas, selon son humeur.
Nous parlons un peu, beaucoup .. Ou pas, selon ses envies.
Des enfants, du mari qu’elle n’ a pas vraiment choisi, mais dont elle entend bien régir un minimum la vie.
De l’enfant qui pousse dans son ventre et qu’elle attend mi-résignée,mi-satisfaite.
Elle m’apprend quelques mots et se moque gentiment quand je m’essaie aux claquements de langue .J’aime bien baragouiner,mon bagage linguistique est constellé de petits papillons bambara, arabes, portugais et même serbes ou chinois !
Quand elle estime que nous avons assez bavardé, elle s’installe derechef sur la table d’examen, emballée dans son boubou dont elle écarte les pans. Souvent je me contente de palper son ventre pour « dire bonjour à l’enfant » parce qu’elle n’aime pas que je prenne le chemin du mari.Sauf si je lui explique que je dois vérifier pourquoi son ventre est tendu .

Pas si souvent en fait.Nous avons de la chance,toutes les deux.
Mais aujourd’hui, notre bonne étoile est aux abonnés absents .Quand je commence à écouter le jeune cœur de 18 semaines,même nos oreilles ont du mal à suivre, le rythme est voisin des 200 battements par minute.
Je panique un peu, Mariamou comprend vite que rien n’est comme d’habitude …
19heures 30.Un petit cœur d’à peine 3 mois et demi qui bat la chamade , une sage-femme prise au dépourvu .
A l’aide !!! Un appel pressant à la mater .
Premier interlocuteur, l’interne qui me propose gentiment d’ignorer le problème,parce que à 18 semaines,enfin qu’est ce qui m’a pris d’écouter les bruits du cœur ? Et qu’il ne peut rien,vu que manifestement ce n’est pas une urgence !!
Mignon,l’interne ! Je décide de passer en mode agressif et réclame à cor et à cris le chef de garde . Mon diplôme pour une conduite à tenir ! Pitié,juste une petite conduite à tenir pour une pauvre petite sage-femme de PMI !!!
Le chef m’écoute,c’est une gynéco que je connais déjà . Elle me demande si je pense à une TSV . Un instant ,mon cerveau en pleine déroute me suggère ToucherSansVisibilité, ce qui est somme toute normal dans l’exercice de la profession. Avant que je n’explose en pleine conversation, un neurone me souffle qu’elle doit parler de tachycardie supra ventriculaire,et je bafouille un vague assentiment.
Dieu merci, la chef est réactive et nous trouve en à peine 15 minutes un rendez-vous rapide dans le service adapté de MaxiVille. Me reste à expliquer à Mariamou et à MariDeMariamou prévenu par téléphone que l’enfant a un petit souci de santé et que le spécialiste de l’hôpital les recevra très vite . Pour essayer de le soigner avant même sa naissance si c’est possible.
Mariamou se sent obligée de me consoler.
« Tu sais,femme-saze, c’est pas ta faute pour celui-là.Peut-être c’est la volonté de Dieu que sa route ne soit pas la nôtre. C’est pas ta faute et ze t’aime bien parce que tu es trop zentille de t’occuper de moi »
Elle me quitte en m’embrassant, dans un puissant sillage de noix de coco et d’épices.
C’est pas toujours facile,quand même, de trouver le bon interlocuteur quand une pathologie juste casse- pieds parce que vrai,c’est pas une urgence mais y a des trucs à faire, vous rend visite, un soir, à l’improviste.
PS  dès le lendemain,un traitement adapté a été mis en place par le spécialiste de MaxiVille.
Enfant 7 et son cœur ont poussé sans problèmes dans le ventre de Mariamou et ont fait connaissance avec les aînés quelques mois plus tard en pleine forme.
Mariamou et MariDeMariamou sont passés voir la femme-saze pour le lui dire .

J’ai augmenté ma collection de bracelets en perles et j’ai collé un nouveau mot sur la malle aux souvenirs,
Juru,la dette

BIEN-PENSANT , MAL-FAISANT

Bon,je suis sage-femme, vous l’avez compris, mais quelquefois ,je me souviens qu’avant tout je suis un être humain.

Et je fais de drôles de choses,dont je ne me croyais pas capable.

Et j’en suis fière,alors je vous les raconte.

Régulièrement,notre vénéré employeur nous permet d’aller à Maxiville ou à VilleSurPlage quand il est généreux pour compléter notre formation. Il est lucide, notre employeur, il sait bien que tous les séminaires qu’il organise sur le management, la conduite de réunions à l’aide de Power-Point , les subtilités de  l’aménagement territorial, c’est bien joli, mais c’est pas notre tasse de thé, à nous ses fourmis médicales .

Alors il autorise des absences, il cagnotte même pour nos petits voyages-qui-forment-les-bons-professionnels-au-service-de-la-collectivité, repos,vous pouvez fumer !

Pas tous les ans,hein,et pas tout le monde en même temps s’il vous plaît, Messieurs et surtout Mesdames vu la sur-représentation féminine dans les effectifs,n’exagérons pas,et pas trop loin quand même .

Or donc,par un grand froid d’hiver,je bénéficiais d’une petite remise à niveau à GrandeMater, notre usine à pioupious en pointe sur les vilaines pathologies du placenta.

Trois jours de crapahute forcée dans les transports démocratiques de MaxiVille, en même temps que la migration quotidienne de mes malheureux frères et sœurs de combat, qui eux font cela tout au long de l’année, pfiou les valeureux !!

Ce soir-là,ma motivation de sardine compressée était au plus bas et je me suis réjouie de me trouver un espace presque au bout du wagon,une inespérée banquette inoccupée.

Trente secondes plus tard,je connaissais la raison de ce miracle. Un jeune homme, presqu’encore enfant et son chien serrés l’un contre l’autre, à même le sol. Sur son trente -et- un,le chien ! Brossé, lavé, un chic foulard autour du cou en guise de collier . Tout sage, le chien ! Le jeune homme, moins. Un peu agité, un peu odorant, il marmonnait l’histoire de sa vie à la bestiole attentive. Les années de foyer enfance,le retour chez son paternel à la main lourde et au gosier si léger,la dernière bagarre et les adieux du charmant papa « fous le camp, t’as 18 ans et tu te démerdes ! » en guise de viatique.

A vrai dire, il puait autant qu’un container à ordures, le brave garçon . Crasse, alcool et misère, la trinité des sans-logis . Je n’aime pas plus que ça,mais je sais combien elle vous englue et vous cajole cette horrible odeur,Elle vous appartient, elle vous tient compagnie dans la rue quand les bien-pensants se détournent.

Je n’ai pas bougé,je l’écoutais monologuer son histoire, ses meurtrissures et ses désillusions à son chien . L’hiver, toute la journée pour avoir chaud, pour se sentir l’illusion de vivre,ils tournaient tous les deux dans le métro, sans ticket, sans but et sans espoir.

C’était compter sans les braves gens autour de nous, les chics bourgeoises en manteau de fourrure – dame, faut se couvrir pour faire les magasins- les joyeux trentenaires cravatés et attache-casés assis sur le bout des fesses pour manifester leur désapprobation .

J’entendais les commentaires qui bruissaient crescendo . Et comment,ces gens là ! c’est scandaleux . Il faudrait faire quelque chose,c’est honteux, Madame !! Ils ne pensent qu’ à boire ,c’est le rebut de la société, Monsieur !

Le chien écoutait, il connaissait les nuits froides, les nuits sans sommeil , les nuits passées à marcher le ventre vide quand il n’y avait plus de lits d’accueil dans les foyers. Le chien la connaissait lui, cette peur qui  ne vous quitte jamais, la peur de mourir tout seul sur un bout de trottoir comme le déchet que votre père a reconnu en vous…

J’hésitais, je tripotais encore mon porte-monnaie quand les contrôleurs sont montés dans la rame. Ils ont commencé à vérifier les tickets.

Le charmant couple installé juste derrière moi se félicitait de leur présence . Enfin, ils allaient nous débarrasser de ce répugnant parasite puant .

Ils approchaient ..

Ils avaient repéré l’intrus.

Soupirs d’aise de mes voisins.

Une colère Donquichottesque m’a saisie, alors que le contrôleur passait .Je lui ai tendu mon billet en lui montrant du menton le garçon affalé . J’avais le sentiment de soulever au moins une montagne,de traverser une ligne de feu, que-sais-je.

Une héroïne de roman au moins juste avec ce petit bout de carton.

Un monseigneur Myriel en jupe et talons plats tenant tête à la maréchaussée !

Les hyènes dans mon dos ricanaient et chuchotaient.

J’ai vu en me levant la belle croix en or qui tressautait sur le poitrail de la bonne dame outragée.je lui ai dit qu’elle ferait mieux de la retourner,sa croix,parce qu’elle  avait déjà assez vu de bêtise et de méchanceté.Elle a arrondi la bouche  de surprise.

Le contrôleur m’a toisée en souriant, il a soigneusement examiné mon billet.

Avec un clin d’œil il me l’ a rendu.

Avec un clin d’œil il a sorti un coupon de sa poche et l’a glissé dans le foulard du chien .

A l’arrêt suivant,ils sont descendus,les contrôleurs sympa.

Le chien et son frère de rue  sont descendus aussi ,avec un vague geste d’adieu vers moi.

Fini, ma carrière de mère Térésa et mon long parcours de sacrifice !

Mais qu’est ce que je me sentais bien quand je suis arrivée chez moi ..

VALSE TRISTE

Aujourd’hui,j’avais envie d’écrire un petit billet drôle,une bulle légère de ma vie de sage-femme.

J’ai essayé.Vraiment ..

Mais je n’y arrive pas.J’ai beau choisir quelques souvenirs amusants et les tourner dans tous les sens,le fil se dilue,se transforme subtilement en volutes tristes que je n’arrive pas à dissiper….

Un de mes premiers stages en chirurgie orthopédique avec ma copine V. Une chambre seule,un lit à matelas d’eau pour supporter le plus doucement possible une ombre dévorée par le cancer.Chaque matin de la semaine,nous faisions la toilette d’un corps quasi immobile,dont seuls les yeux restaient vifs et agiles,suivant tous nos mouvements.Nous allions le plus doucement possible en racontant les mille et unes petites aventures de notre vie.

Pour vous, notre malade..Le café pris à toute vitesse parce que je m’étais réveillée en retard….. Les chaussettes dépareillées de V ,un lendemain de garde.. Les petits cailloux du square voisin que vous faisiez glisser d’une paume à l’autre … La pluie tombant sur les troènes de l’hôpital,tiens je vous ai cueilli une petite branche pour que vous en respiriez le parfum douceâtre..V…vous a apporté une part de la sublime tcheureg de sa Mounette…Et puis,Madame, comme vous avez été prof de latin-grec,je vais vous réciter les chants de l’Odyssée que mon prof nous faisait apprendre…

Πάππα φίλ᾽, οὐκ ἂν δή μοι ἐφοπλίσσειας ἀπήνην
ὑψηλὴν ἐύκυκλον, ἵνα κλυτὰ εἵματ᾽ ἄγωμαι
ἐς ποταμὸν πλυνέουσα, τά μοι ῥερυπωμένα κεῖται

 Je m’en souviens comme si c’était hier Elle est morte un matin,sans bruit, pendant la toilette…D’un souffle elle n’était plus là,tandis que V. s’obstinait à rincer un bras inerte,C’était donc aussi simple que cela, mourir ? Respirer ,respirer encore,et soudain nous laisser là, en larmes et désemparées ? Les infirmiers sont venus,ils ont pris le relais et ont envoyé les petites Roses éplorées à la cafétéria avec un externe compatissant. Quand nous sommes revenues,la chambre était vide. Propre, briquée et vide..

C’était notre première vraie rencontre avec la mort,et pas la dernière.

Je me souviens de cette jeune femme rieuse que nous étions en train de transférer dans une chambre particulière le lendemain de sa césarienne. Elle a juste eu le temps de plaisanter sur le nombre de sacs que je trimballais derrière son brancard avant qu’une vilaine embolie pulmonaire ne signe la fin de partie pour elle malgré tous les efforts du chef venu à la rescousse.

Je me souviens de cette autre dont la vie filait goutte à goutte en une inextinguible hémorragie, et dont le seul souci était de savoir si sa fille allait bien,elle qui nous répétait  au moins je laisse quelque chose de beau derrière moi.

Je me souviens de ma camarade de promo sanglotant dans le couloir de la salle de travail parce que le pédiatre avait donné le signal d’arrêt de la réanimation pour un tout petit bonhomme ..

Je me souviens de la sage-femme m’apprenant à tailler tant bien que mal dans les champs du bloc un semblant de brassière et de couche, vous comprenez,petite Rose,ce seront les seuls vêtements de toute leur vie ,c’est notre devoir de les habiller avant de les descendre à la morgue..

Je revois les petits fantômes dans leurs couveuses,les trop petits,les trop faibles, ceux qui arrêtaient de lutter, ceux dont je caressais une dernière fois les minuscules doigts tout en débranchant les appareils qui nous avaient donné l’illusion de pouvoir faire quelque chose pour eux..

Aujourd’hui,je voulais juste dire que je suis aussi faite de ces souvenirs -là .Alors je vous les offre,même s’ils sont tristes.

PETIT A PETIT LA SAGE-FEMME SE CONSTRUIT

Sans vouloir me vanter,comme sage-femme, je me trouvais plutôt dégourdie quand j’ai débuté.J’ai bien tout potassé pendant mes études,j’ai lu attentivement les manuels, j’ai pris des notes et j’ai fait des fiches.

Très important,les fiches.

Une couleur par matière pour s’y retrouver aisément,si si, j’ai tenté des mariages hasardeux pour les faire entrer dans ma classification personnelle.Genre fiche rose pour la pédiatrie,verte pour la neurologie,Sauf que j’ai dû rajouter des pastilles de couleurs pour dire que,bon,ça c’était de la neurologie pédiatrique,,mais que je la mettais sur la fiche verte avec une gommette rose pour montrer que j’avais bien compris que c’était pas du tout pareil,le cerveau version mini,et le méga cortex adulte capable de fonctionner à plein.Et ainsi de suite,un vaste jeu des 7 familles de la grossesse et de l’accouchement tels qu’ils étaient figés dans mes gros bouquins et mes fiches multicolores.

Et ça a marché,Je connaissais mes codes couleurs sur le bout du doigtier. Mes fiches n’avaient plus aucun secret pour moi.

J’ai eu mon diplôme tout beau tout neuf.J’ai commencé à appliquer ce que mes chers enseignants avaient martelé à leurs ouailles attentives.

En vrai j’ai commencé à tricher avec mes fiches,surtout celles qui concernaient la grossesse et l’accouchement normaux.A oublier les règles et lois de l’accouchement hospitalier.Faut dire que Super-Chef et John Wayne étaient passés par là.Quelques solides dictons et proverbes obstétricaux plus loin, je naviguais plutôt confortablement dans mon rôle de sentinelle de la physiologie,je prenais de l’assurance et c’était bien.

Et puis,patatras me tombe dessus la mission suicide que je n’attendais pas.Les travaux pratiques appliqués à ma personne.La grossesse de la sage-femme !!!

L’angoisse s’est installée en moi ,une farandole de pathologies suggérées par mes petites fiches revenues en force . Même Pétoches ,le plus précautionneux des gynécos,que j’avais bien entendu choisi comme entraîneur personnel, était dépassé par mes trouvailles quasi-hebdomadaires.Les mois ont passés, j’ai rangé mes fiches au fur et à mesure, puisqu’il ne m’arrivait rien,ouf !

Et puis j’ai survécu. J’ai accouché à terme.Fiston Premier m’a juste fait cadeau d’une petite présentation bizarroïde à laquelle,ô surprise je n’avais pas pensé.

De cette période j’ai retenu que les mots les plus anodins prononcés par un professionnel distrait vous ouvrent les portes de l’enfer, parce qu’ils tournent en boucle dans votre tête.

Qu’une minute d’attention qui vous est consacrée,un geste prévenant pour vous éviter la gêne valent mieux que les explications les plus rationnelles et péremptoires,

J’ai retenu que la grossesse et l’accouchement ne se mettent en fiches que dans la tête de ceux qui ne sont pas très à l’aise dans le soin et l’humanité, ceux qui ne savent pas juste s’asseoir à côté et prendre la main d’autrui.

J’ai ensuite complété ma formation de mère.Difficilement.

Fiston Premier était pourtant d’un calme à toute épreuve.

Le ventre plein,l’âme paisible,il s’est montré d’un imperturbable courage pour m’apprendre mon nouveau job.Sans fiches,avec comme mentor une sage-femme géniale dont le savoir et la sérénité m’ont permis de mener un allaitement fort long pour l’époque,puisque Fiston premier a eu le bon goût d’attendre de savoir parler pour m’avertir d’un solennel « Moi ,trop grand!Fini les lolos ! » que l’heure du sevrage avait sonné !

J’ai eu aussi la chance de fréquenter un pédiatre qui a su très tôt me rassurer lorsque je sanglotais dans son bureau que je n’arriverais pas à être une bonne mère avec un bébé d’à peine trois semaines dans les bras. Fiston Premier et lui se sont contemplés un bon moment.Fiston avait ce regard très concentré et sérieux des très jeunes bébés.Le pédiatre lui a tiré la langue,Fiston a laissé passer un petit bout de la sienne en réponse. Le pédiatre lui a demandé si je lui convenais comme mère,parce qu’il allait devoir faire avec.Fiston a fait une drôle de grimace trop mignonne. Alors le pédiatre m’a dit en riant que Fiston en savait plus que moi question parent idéal, que j’apprendrais bien mieux en le regardant lui qu’en potassant tous les bouquins du monde.

Une nouvelle découverte ! Être parents,c’était le genre de tempête permanente à affronter avec un équipage guère plus éprouvé que toi,mais plein de bonne volonté,tout disposé à suivre son capitaine et à louvoyer en le guidant au travers des écueils .

Depuis,j’ai embarqué encore trois fois,avec des moussaillons différents,puisque Fiston Premier a été rejoint par N°2,spécialiste du dressage de parents,champion dès trois ans des aphorismes du style « quand l’enfant le veut vraiment,il faut qu’il insiste jusqu’à ce que la maman craque »

N°3 quant à elle maniait en jeune renarde aux dents aiguisées la petite phrase perfide ; lorsque je la contrariais,d’un définitif «même qu’un jour tu seras vieille et moche » elle me renvoyait à l’idée qu’un jour,elle serait à son tour maître à bord .De quoi relativiser sur l’essentiel à transmettre !

Quant au p’tit dernier,celui qui clôt le dossier maternité puisqu’il faut bien passer à autre chose, il allie flegme et fermeté, c’est en quelque sorte mon bâton de maréchal.Il se débrouille bien pour me rappeler que les donneurs de conseils,les Moi-à-ta-place, les idéologues de l’éducation qui à coup de il faut vous devez faire comme je le dis font encore beaucoup de dégâts.

Je ne suis pas mécontente au fond d’avoir su ne pas les entendre,ceux-là.Juste parce que sur ma route par chance j’ai croisé des professionnels respectueux .