AU DELA DE MES REVES

Toudidou didou dam..Mon premier réveillon de Nouvel An comme sage-femme diplômée !Toudidou dam !

Six mois de millésime, c’est vous dire si je suis fière de moi ! Je tremble un peu moins en faisant les accouchements, je n’ai plus cette sensation étrange d’avoir par dessus de mon épaule un contrôleur suspicieux quand je suis aux commandes. Bref, j’ai pris de l’assurance et de la bouteille ! Cotillons et champagne, je suis une sage-femme heureuse.

Tout irait pour le mieux si les pompiers ne nous avaient pas déposé tout à l’heure une malheureuse jeune femme terrorisée. Elle ne parle pas un mot de français, les  secouristes savent juste qu’elle transitait « par chez nous » en autocar et qu’elle est visiblement sur le point d’accoucher. Le courageux chauffeur l’a débarquée illico avec sa valise devant une pharmacie…A l’heure qu’il est,  il a dû au moins  passer la frontière!

J’ai beau essayer de la rassurer, elle hurle dès que je l’approche et  refuse tout examen. Je suis à deux doigts de craquer parce que je n’ai aucune idée de ce que je vais pouvoir faire pour elle. Avec force gestes, je l’invite à s’installer sur le lit d’examen, mais peine perdue. Elle se réfugie dans un coin de la salle, accroupie sur ses talons et entame une étrange mélopée tout en se balançant lentement. Ma foi, elle a l’air de se calmer. …je peux même l’approcher et poser une main sur son ventre …

 Mais mais  mais il me semble tout à coup qu’elle pousse….

Ouiiii, à croupetons sur ses talons !!! Au secours !!!!!

Une étincelle d’intelligence jaillit dans mon cerveau paniqué, j’étale des draps devant elle et je m’assieds, sous les yeux effarés de l’aide-soignante venue aux nouvelles. Je vois une petite masse de cheveux qui apparait doucement, j’ai juste envie de placer mes mains en dessous.

Un front qui se relève doucement, un petit nez chiffonné, une  bouche qui apparait. La tête glisse doucement, elle se pose sur mes mains. J’ai juste à le retenir, il  descend lentement  sur les draps, Une petite secousse, et hop un petit cri  étonné. Sa mère saisit ma main et la serre  à me faire mal..

J’ai un peu perdu le fil de ce qui s’est passé ensuite, , La mise au sein qu’elle a fait d’autorité, tranquillement ,la délivrance  et ce qui a suivi. Nous avions tous les larmes aux yeux devant tant de simplicité et de savoir, même le chef venu en roi mage nous admirer, à même le sol dans ce coin  de salle transformé en chambre de naissance… Bon, les jours suivants j’ai été un peu chahutée par mes collègues.. Vous rendez vous compte, elle fait les accouchements à quatre pattes, la jeune de Paris ! Pff, l’inconsciente !!!Où allons-nous ?

Moi, je savais où j’étais allée, avec cette mère que je ne comprenais pas…Au pays des naissances physiologiques, le plus beau des voyages pour une sage-femme préparée et formatée par l’hôpital et ses diktats…Peut être un mirage, cette naissance merveilleuse et tranquille. Mais je savais désormais que c’était possible. Je n’ai jamais cessé depuis de poursuivre ma baleine blanche. J’ai eu beaucoup de chance, je l’ai revue plusieurs fois et ne m’en suis jamais lassée.

 

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7 réponses à AU DELA DE MES REVES

  1. « Laisser s’épanouir toute impression et tout germe d’un sentiment au plus profond de soi, dans l’obscurité, dans l’ineffable, dans l’inconscient, dans cette région où notre propre entendement n’accède pas, attendre en toute humilité et patience l’heure où l’on accouchera d’une clarté neuve : c’est cela seulement qui est vivre en artiste, dans l’intelligence des choses comme dans la création. »
    Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke
    Ton billet, c’est l’histoire d’une heure comme celle-là, où tu as accouchée d’une clarté neuve, de celle qui rendent ceux qui savent la laisser venir lumineux, artistes dans la vie avant même que de l’être dans l’écriture…

  2. Ariane dit :

    Moi je l’ai vécu, la baleine blanche, dans une baignoire, sans perf, sans péri, sans monito autre que posé de temps en temps sur le ventre pour vérifier que tout allait bien. Et une naissance en deux heures, sans pousser, il est sorti tout seul, sans une éraillure du périnée…
    Mais une sacrée équipe de sages-femmes !
    Cet enfant-là et moi, comme par hasard, sommes connectés de façon incroyable…

  3. Anna dit :

    Je veux être une baleine.

  4. cunégonde dit :

    C’est beau !

  5. Elen dit :

    Cette histoire est merveilleuse, c’est splendide et cela donne envie …
    Mais,
    car pour moi il est temps ici de poser un « mais »,
    je suis un peu déçue de voir les éloges faites à LA naissance sur ce blog: celles dont nous rêvons toutes, celle qui se passe dans les meilleures conditions possibles et sans assistance médicalisée.

    La vie m’a donné deux magnifiques petites filles,
    pour la première. déclenchement à 42 sa, 18 heures de contractions très douloureuses, pour finir en césarienne d’urgence, car ni elle ni moi n’allions bien…. et sans rentrer dans les détails, pour le médecin, en qui j’ai une confiance infinie, nous aurions pu y passer toutes les deux…
    pour la seconde, accouchement par voie basse, car le médecin précédemment cité propose cette option même quand il y a eu césarienne avant, mais sous péridurale, car au bout d’un moment je ressentais les contractions dans la cicatrice de la césarienne, et il a fallu parer au risque de rupture utérine. Pourtant la demoiselle est arrivée très vite et en trois poussées.

    Cela fait-il de moi une maman au rabais ?
    cela fait-il de ces naissances des évènements moins merveilleux ?

    Je ne le crois pas et c’est une position que je défends fermement. Ces naissances, ce sont les naissances de mes filles, c’est le don de la vie qui leur a été fait, et ce sont les plus beaux moments de ma vie, les plus belles rencontres qu’il m’ait été donné de vivre, et pour rien au monde je ne voudrais les changer.
    Ce sont nos histoires, à elles et moi, et elles sont belles, car ce sont les débuts de longues histoires d’amour.

    Je suis contente de les avoir vécues avant de vous avoir lue, car je suis convaincue de leur beauté…. comment voulez-vous qu’une femme vive bien des évènements à première vue traumatisants s’il ne lui est donné de voir de la beauté uniquement dans l’accouchement « naturel ».

    S’il vous plaît, pensez à celles qui ont dû vivre des accouchements difficiles, pensez à celles pour qui donner la vie se fera sous assistance médicale pour que cela se passe bien… et dites leur, à elles aussi, que ce moment sera magique… sinon il risque de ne pas l’être, et ce serait bien dommage.

    Car quelle qu’elle soit, quelle que soit la façon dont elle se déroule, une naissance c’est avant tout un moment merveilleux.

    • reinemere dit :

      Merci de votre lecture attentive.Je ne parle ici que de mes expériences personnelles.je suis sage-femme et comme telle je ne peux relater que les naissances auxquelles j’ai moi-même participé.Mon rôle s’arrête là où commence celui de l’obstétricien qui a en charge d’autres manières d’aider à donner la vie,toutes aussi magnifiques.
      Si vous avez parcouru d’autres articles,vous avez vu que mes récits d’accouchement sont mêlés à d’autres puisque mon mode d’exercice a changé il y a plusieurs années,et que désormais je me consacre au suivi de grossesse en PMI,et à l’accompagnement des jeunes parents.

    • Anna dit :

      Elen, j’entends ce que tu dis et la souffrance de voir magnifié quelque chose dont on a été privée. Mais je pense que Reine Mère ne fait pas ici de différence entre « mère » et « mère au rabais », elle ne dit pas que tout accouchement autre que physiologique ne peut pas être un bel évènement, elle dit simplement qu’en matière de périnatalité, on pourrait faire vraiment mieux en faisant confiance aux femmes, et en les entourant réellement quoi qu’il arrive.
      Aussi qu’on a le droit – on n’est pas obligée, mais on a le droit – de souffrir de naissances déshumanisées, ce qui n’est d’ailleurs pas automatiquement le cas de tous les accouchements médicalisés. Je connais des mères qui ont été très bien accompagnées pour des césariennes, et d’autres qui ont mal vécu un abandon total pendant un accouchement par voie basse sans problème particulier. Il n’y a pas de règle. On n’est pas forcée de bien vivre son accouchement parce que « c’est forcément magique », pas plus qu’on est forcée de le vivre mal parce que « une césarienne ça craint ».

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