ET LA CHENILLE DEVINT PAPILLON (étude d’une métamorphose)

Au commencement était la chenille, jeune sage-femme à peine diplômée …bardée de connaissances obstétricales et de certitudes scolaires…, armée de mes protocoles techniques, surveillant chaque patiente comme une ennemie potentielle prête à me surprendre avec LA pathologie inattendue qui me ferait trébucher…

Chaque accouchement était une guerre de position. Devant moi un utérus hostile, un col doté d’un moral de résistant que je devais amadouer d’un toucher savant…J’étais le capitaine du navire, et je donnais les ordres. Mon métier me satisfaisait, je savais faire les accouchements mais il me manquait  un petit supplément que Super-Chef s’employa à me faire découvrir…

Peu à peu, j’entamai mon stade chrysalide,  patient travail sur moi-même…J’appris l’attente..… Je repris mes aiguilles et mes pelotes pour  interdire à mes mains de vérifier sans arrêt  l’avancement du travail..Elles  s’occupaient  désormais à masser des dos endoloris, à effleurer doucement des ventres contractés, à proposer des positions confortables.

Avec madame Super-Chef j’appris à écouter les corps, les petites chansons de la dilatation Je ne faisais plus un accouchement, mais une mise au monde..

Désormais, je suis papillon, je ne suis plus la sage-femme de garde. Je suis la sage-femme de consultation..J’accompagne sur le chemin qui mène à être parents des femmes, des couples..Je ne suis pas présente pour les « derniers 100 mètres »de la grossesse et quelquefois j’ai un petit regret qui me saisit à cette idée…Mais mes mains, elles, savent qu’elles  ont bien travaillé à sentir grandir la vie, à chercher doucement et patiemment  à donner une présence tangible du petit  humain encore en préparation..

Bref, je suis sage-femme et j’en suis fière.

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3 réponses à ET LA CHENILLE DEVINT PAPILLON (étude d’une métamorphose)

  1. Anna dit :

    J’aime beaucoup cette phrase, « Je ne faisais plus un accouchement, mais une mise au monde. ». Si je dois accoucher à nouveau j’espère tomber sur une sage-femme comme ça… Et puis tu as trouvé ta voie, et il n’y a même pas eu besoin de te couper la tête !

  2. bouclette dit :

    Les papillons se font rare .
    J’ai juste envie de demander où sont passés les super chefs ?

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