LA FOIS OU J’AI FAIT MILITAIRE

Fin d’automne à la clinique.Par chez nous, quand les vaches ne sont plus au pré, ce sont nos p’tits soldats qui crapahutent gaiement dans les bois et les champs.Leur nombre est proportionnel à la pluviométrie ambiante, et ce n’est pas peu dire.Ici .Même pendant les années sèches le département reste vert, c’est tout dire.

Or donc par une belle soirée bien fraiche et pluvieuse ils ont ouvert les portes des casernes de la ville aux bleus et aux  rouges qui vont se livrer à leur jeu favori, le grandeur nature Gadoue et Orage.C’est le grand soir des « manœuvres »

A ma gauche, les gentils, bleus.

A ma droite, les vilains rouges prêts à nous envahir

Entre les deux, nous les civils.On fait de la figuration involontaire, mais c’est du sérieux.Le préfet nous a fait dire par voie officielle « Pas de promenade dans les bois ni de ramassage de champignons » ,des fois que nous nous mourions de rire.

La nuit est tombée doucettement sur la tragédie.Allons nous nous réveiller rouges ou bleus?

Pas beaucoup de candidats bébés pendant ma garde, ils doivent être au courant pour les arrêtés préfectoraux

Je bulle un peu à l’accueil avec la standardiste et un interne de réa chir un rien désœuvré.On papote mollement cinéma et vieilles dentelles quand la porte s’ouvre soudain sur une dizaine de p’tits soldats tout trempés.

« Ciel,des rouges.On est foutus » dit l’interne.En effet ils ont tous une  grande bande rouge sur l’épaule.Ça en jette avec les fusils mitrailleurs et leurs bidules accrochés partout sur la bête, comme les vaches quand elles reviennent du salon de l’agriculture.

Je lève les mains en l’air,au cas où.L’interne s’étrangle.

« vous avez un médecin? »Ça doit être le chef de troupeau qui a parlé.Je ne sais pas, ils sont tous boueux.

« Les créatures du lagon noir.Nous sommes perdus »..je dis à l’interne qui est cinéphile.

« Nan.Y-z-ont pas l’air agressif. »

Il avance. « Je suis le médecin de garde » qu’il dit courageusement à l’ennemi.

Après concertation avec ses boueux, le rouge en chef pousse devant lui deux compères un peu mal en point et tout déchirés. Ils sont un peu plus rouges que leurs congénères à cause du sang sur leur treillis.Ils ont voulu filer à travers champs et se sont zébrés sur les redoutables barbelés de nos belles plaines à vaches.(elles le savent, elles, qu’il n y a pas plus sournois que le fil de fer qui vous déchire le cuir.)

Ils ont de jolies estafilades ,pas trop profondes heureusement.

« Si vous pouviez me les recoudre un peu.Je les enverrai demain à l’hôpital,mais là ça m’arrangerait de continuer les manœuvres. »

L’interne peut.

Il commence son atelier couture.mais le chef rouge voit rouge et s’impatiente. « Vous pouvez pas aller plus vite? »

C’est superficiel, mais ça demande de la minutie.L’interne s’avise soudain que je suis toujours là.

« Tu sais faire les sutures,non ? »

Ben oui, mais ma spécialité c’est plutôt le périnée féminin,quoi, sage-femme je te rappelle, tout en finesse,hein.C’est pas la même chose qu’une carapace de lézard des champs,monsieur l’interne!

« Pas grave,décrète-t-il.Si tu sais faire des nœuds tu sais recoudre Mets un fil au centimètre,ça leur fera des belles cicatrices de soldats »

OK,chef Je fais mes petits points moi aussi.Nous progressons rapidement et bientôt les braves petits piou-pious repartent investir la plaine.

« Waouh, dit l’interne.On s’est gourés.On a aidé les méchants! »

Silence

« Appelle moi Œil de Lynx, s’il te plaît » un temps « Ben quoi,t’as jamais vu MASH ? »   rigole mon cinéphile

Si.Mais pas dans une chic clinique de province.

Et si tu m’appelle  Lèvres en Feu, je te dénonce à la patrouille bleue.

 

 

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