LA FOIS OU JE ME SUIS ENCORE TROMPEE

Petite garde tranquille.Les bébés ont décidé de rester au chaud.

Tant mieux, aujourd’hui, j’ai l’âme corse, comme dit l’interne corse qui est en stage en secteur privé- c’est le nouveau dada du chef de service du centre hospitalier local.Il dit que c’est formateur, mais les collègues et moi nous pensons que c’est plutôt le seul moyen pour que ses internes voient des accouchements parce qu’ici.Mademoiselle c’est pas qu’on aime pas l’hospice mais quand même on préfère venir à la clinique làvoù on est mieux pratiquée (je vous jure si j’étions pas du coin y m’faudrait un dictionnaire à des fois.). En plus c’est quand même un peu son secteur privé à lui, le cher homme du public.

Bon, l’interne en plus d’être corse est super calme et pondéré.

Tout mon contraire disent les aides soignantes, même que ça les repose.

Bref, l’interne et moi sommes en pleine pause café en ce petit matin.J’ai juste une petite dame qui en est à son cinquième poupon, mais on a bien le temps.

Elle est venue en avance parce que la dernière fois ben elle a accouché à la maison,comme dans le temps, vous voyez, Mademoiselle.

Non,je ne vois pas.Dans le temps ça veut dire au siècle dernier, non ? Quelle horreur!

Ben, non mais quand même à notre époque c’est malheureux d’accoucher comme sa mère et sa grand-mère avant soi, alors que les dames de la ville, elles ont droit à douze jours à la clinique où on prend bien soin d’elles.

Merci, Madame, je suis touchée.En même temps j’explique à l’interne que peut-être que moi aussi j’aimerais qu’on prenne bien soin de moi pendant douze jours si je ne prenais pas de vacances et si j’avais trait les vaches juste avant d’accoucher.

D’ailleurs nous allons de ce pas lui rendre une petite visite pour prendre bien soin d’elle.

Les Dupond et Dupont de l’obstétrique se rendent sur place.La patiente patiente dans son lit aux draps biens tirés.

« Tout va bien? »

Elle regarde la demoiselle en rose puis le monsieur en blanc

Gentiment elle nous répond:

« Il va falloir vous préparer, j’ai eu ma première contraction. »

Allons allons Madame,si les bébés naissaient aussi facilement, personne n’ aurait plus besoin de nous.

« Ouï, mais j’ai eu ma première contraction!A chaque fois que j’accouche,le bébé arrive à la sixième contraction! »

Le DOCTEUR le sait bien, lui, puisqu’il lui a dit de venir en avance!

Bien bien bien.La journée va être longue.

Dupond et Dupont repartent,c’est l’heure du café.

Tiens, une sonnette.C’est notre future maman pressée.Elle annonce fièrement

« J’en ai eu une autre. »

Ben vrai, deux contractions en une heure.La tension monte!

Elle insiste.

« Allez,je l’examine . » me dit l’interne.

Bof,Elle est vaillamment à deux doigts.Y a de la marge.

On s’est promenés comme ça pendant une heure encore entre la salle de repos et la chambre de la dame qui nous sonnait régulièrement pour nous donner le score.On y a pris goût,entre deux cafés et deux touchers.

Elle avait raison.

A la sixième contraction, elle a accouché comme ça,dans son lit, tranquillement, en nous souriant gentiment, sans triompher plus que cela.

L’interne et moi, on l’a applaudie et félicitée, et puis on est repartis se faire un café pendant que le piou-piou ronflait dans son berceau.

L’âme corse, je vous dit.

 

 

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