LA FOIS OU UN BEBE M’A FAIT PLEURER

Un dimanche tranquille à la campagne.La petite sage-femme-qui-a-fait-ses-études-à-Paris, même si elle est née à 50 kilomètres de là,est de garde.Il fait beau et je musarde dans le couloir.Je ne le sais pas encore mais je vais bientôt affronter le grand croquemitaine des sages-femmes.La mort qui guette derrière la vie.

Ce bébé-là.c’est celui qui ne grandira jamais,celui qui n’aura jamais vécu mais dont je me souviens encore.

C’est l’heure du goûter dans les chambres.Je descends nonchalamment à l’accueil,parce que c’est dimanche et que j’ai fait deux super accouchements hier.Même que le Chef m’a dit que je bossais aussi bien que sa femme qui elle aussi est sage-femme mais qui ne travaille plus maintenant à cause des enfants(eh oui en province on s’arrête de bosser quand on est la femme du Chef )

Me voilà devant un jeune couple tout mimi.Le futur papa m’avoue qu’ils ont hésité à venir parce que le bébé n’est attendu que dans quinze jours;et puis en même temps sa femme n’a pas si mal,juste un peu de temps en temps.Ah oui elle perd aussi quelque chose depuis deux jours.Alors ils ont pris la voiture -40 kilomètres de petites routes bien étroites et sinueuses -pour être rassurés.

Quelque chose qu’elle perd depuis deux jours…Pas beaucoup de contractions…Presque à terme.

Mon petit fichier personnel d’obstétrique me souffle:pas grave,ma poulette,bouchon muqueux,accouchement imminent…Deux doigts de Spasfon et le tour est joué.Fin de partie et fin de dimanche tranquille.

Je décide de commencer par vérifier de visu « le quelque chose » .Dans ma tête retentit une alarme de panique.Ce n’est pas le bouchon muqueux,mais du méconium.Le bébé ne va pas bien du tout.son rythme cardiaque est à peine à 60 par minute au monitoring que je pose en tremblant..

Je sais que mes mains tremblent en prenant le téléphone pour appeler le Chef.Ma voix tremble quand je lui demande de venir vite.Tout tremble.Le Chef arrive en trombe pendant que je dis aux parents que le bébé qu’ils attendent encore joyeusement a un problème et que…Le Chef prend le relais pour annoncer que le bébé dont nous entendons le cœur battre de plus en plus lentement..Tout doucement …50 …40…30…est en train de nous quitter.J’entends à moitié le Chef expliquer aux parents qu’il ne pourra rien faire.que leur bébé souffre depuis trop longtemps pour espérer le sauver par une césarienne.mais qu’il va provoquer l’accouchement le plus vite possible.L’anesthésiste va arriver.

Je ne perçois plus le poum-poum du monitoring.Le Chef a coupé le son et me pousse dans le couloir.Je pleure ,comme les parents.

Le Chef me regarde.Rien à faire que d’attendre.Trop de souffrance fœtale et trop de retard Pas de césarienne pour un bébé au cerveau détruit.

Le Chef me dit tout à coup

« Ce métier il y a des jours où je le déteste »

Moi aussi.

Tout de même j’aurais bien aimé que ce jeune couple vienne deux jours plus tôt.

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