LA FOIS OU IL AVAIT NEIGE POUR NOEL

Hiver dans l’est.Neige et verglas.Je suis de garde pour Noël et ô surprise le Chef parti au soleil est remplacé par un chef que j’ai connu comme interne à l’école de sages-femmes.Dure,la vie des remplaçants itinérants dans les petites villes de province.

La maternité est tranquille.Il n’y a pas beaucoup de mamans et encore moins de visiteurs,le constructeur de la clinique ayant eu l’heureuse idée de l’établir sur une butte pour qu’on la repère de loin sans doute.Mais question accessibilité,ça coince un peu et dès qu’il neige on se croirait dans une base antarctique abandonnée de tous.On ne peut rallier la mater qu’à pieds.Même les ambulanciers le font.

Pour l’instant je me contente d’une prière à Sainte Rita,patronne des causes perdues pour que les bébés attendent le redoux pour pointer leur frimousse.

Le chef remplaçant a renoncé à affronter les congères et nous faisons la revue comparée de nos souvenirs d’étudiants(surtout la fois où le grand patron nous a fait dévisser les pieds de la table d’accouchement pour être sûr de ne pas trop tirer sur son Tarnier.-si la table vient c’est que je tire trop! )

Et tu te souviens aussi quand j’ai fait ma première version podalique ?

Ah oui et le jour où l’ascenseur est resté coincé entre deux étages avec toi dedans?

Bref,nous sommes en version désert des Tartares quand soudain l’ennemi arrive-pardon le standardiste nous appelle.

« Vous devriez venir,là.J’ai un  monsieur qui dit que sa femme va accoucher dans le virage »

Ben oui je vous ai dit que la clinique était sise en haut de la colline.Mais en prime ça tournicote comme à Disneyland en grimpant doucement pour que le promeneur parvienne au sommet sans fatigue dixit la plaquette de pub de la boîte.

« Mais quel virage? »

« Ben en bas.Il a pas pu monter il il dit qu’elle peut pas descendre parce qu’elle est en train de pousser. »

Mon Dieu quel sublime instant de solitude!. Dans un sursaut de lucidité je traduis le message.La voiture est arrêtée tout en bas de la pente,le futur papa a réussi à monter nous prévenir que sa femme était en train d’accoucher dans icelle voiture par moins cinq degrés au moins.Branle bas de combat.J’attrape une boîte d’accouchement,nous chopons chacun un manteau le chef et moi et nous voilà partis. .

La descente est ardue pour notre expédition polaire,ça glisse un max.Le mari n’a pas menti,sa femme est vraiment très en train d’accoucher dans la 4L familiale.C’est leur quatrième bébé,il a un  peu l’habitude,avec les vaches,mais sa femme a insisté pour venir malgré la neige.

Oh là, c’est bien Madame une telle confiance.Mais la maison n’est pas mal non plus pour ce genre de sport.On appelle le SAMU qui arrive en hélico et ça évite à la sage-femme et au médecin de faire les zouaves en patinant comme des pingouins sur la banquise pour récupérer un superbe nourrisson qui braille à pleins poumons dans cette stupide 4L glaciale.

Sans compter que maintenant il va falloir la remonter ,cette fichue pente!

Le standardiste n’a pas résisté.Il a pris une photo qui est restée longtemps sur le bureau du Chef à son retour!

Une véritable cordée d’alpiniste avec en tête les brancardiers de l’hôpital venus gentiment prêter main forte au secteur privé pour remonter l’heureuse accouchée,puis la sage-femme portant le nouveau-né emballé dans le manteau de son père,suivis du médecin hilare et de Super Papa en magnifique combinaison agricole kaki.

Chaque fois que je trouvais le boulot crevant,chaque fois que Sainte Rita me faisait faux bond,je repensais à ce jour de Noël où le petit Jésus était passé nous voir en raquettes.

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