LA FOIS OU J’ETAIS SAGE-FEMME

Youpi.J’ai mon diplôme.Un grand beau diplôme d’une faculté de Médecine parisienne.

Et zou,je quitte la grande ville pour retourner sur mes terres de l’est,dans une belle clinique de province.

Je pars découvrir les accouchements,les vrais,ceux qu’on apprend pas à l’école,parce que à l’école,hein, on peut toujours appeler une collègue de binôme pour paniquer en duo,ou alors s’asseoir sur sa dignité et dire à la sage-femme de garde qui vous toise comme un merle guettant une cerise mûre que non,vraiment non,vous n’êtes pas sûre du tout que la 105 c’est bien une céphalique(ben oui numéro de chambre plus pathologie ça va plus vite que Madame Machin qui  vient d’arriver avec les pompiers en pleine crise de Jésus Marie je vais mourir tellement j’ai mal s’il vous plaît faîtes quelque chose ,que je savais pas que ça faisait aussi mal-C’est tout juste si elle ne vous a pas assommée quand vous avez essayé de l’examiner et tiens donc votre cerveau,celui qui est censé être au bout de vos doigts vous crie que le bidule là dans le machin c’est juste un peu trop mou pour être une tête.

A l’école on peut même réveiller l’interne à trois heures du mat’ alors qu’il vient de se coucher après le forceps de Madame Truc exprès pour lui dire que finalement c’est le chef qui fera la version grande extraction de siège de la 110.Rien que parce que l’interne vous a piqué la gémellaire que vous surveilliez  avidement depuis la veille,Ah mais quand même!!!

Parce que là maintenant dans ma salle de travail loin de Paris, pour ma deuxième garde ,je suis toute seule à écouter une brave ch’tite cultivatrice arrivée en vieille deuche ce dimanche à 20 heures avec dans les bras une petite crevette de 900 grammes emballée dans du coton cardé,m’expliquer qu’elle sentait bien que ça n’allait pas fort  ce matin,mais vous comprenez avec les bêtes à traire on pouvait pas venir plus tôt,et que si je pouvais ondoyer le petit en attendant l’hélicoptère du SAMU elle serait plus tranquille,hein, mon petit vous me comprenez même si vous êtes bien jeune

Je comprends et j’attrape une ampoule d’eau distillée pour ondoyer le jeune Pascal.Il lui faut au moins ça pour tenir le coup pendant son transfert en Néonat’ à cent kilomètres d’ici.Il est tout mimi et tout furax sous la petite goutte d’eau que je pose sur son front.Heureusement que je suis allée au caté,mon bonhomme,sinon tu partais sans ton viatique.La maman me glisse à voix basse qu’il est bien brave ,Pascal,ça elle l’a vu tout de suite parce qu’il a crié pendant qu’elle l’emballait dans le coton cardé que son homme est allé chercher chez sa mère qui en a toujours rapport aux cataplasmes.C’est sûr qu’il a envie de vivre le petit bout avec ses minuscules mains transparentes qui s’agitent pendant que le médecin du SAMU essaie de le perfuser.

Et il vivra et je serai invitée à son baptême « pour de vrai » six mois plus tard.

Bientôt j’en aurai vu d’autres et je monterai au front avec l’assurance des vieilles recrues,sans frémir.J’aurai des grands moments de franche rigolade et aussi d’autres tellement tristes que je changerais bien de job sans attendre

Mais bon comme le dit Madame X un soir de réveillon à trois heures du mat’ alors que le chef de garde vient de me passer un savon parce que bon sang t’es quand même capable de faire une révision utérine toute seule-c’est vraiment le plus beau des métiers que vous faites.même que moi aussi j’en rêvais de faire comme vous.

Eh bien faites donc comme moi.Je m’en vais tout vous raconter!

 

 

 

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